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Réseau 5

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Ce qui avait de marrant avec le mot « drogue », c’est qu’il n’est toujours employé que dans un sens unilatéral où l’on parle que de psychotropes naturelles ou synthétiques. Ceux pour qui la consommation en devient excessive, se font martyriser de discours discriminatoires par des sujets dont leurs systèmes ont l’air parfaits. Ils en faisaient tellement lorsqu’ils voyaient un jeune tenir une clope ou un homme vivre d’alcool, qu’ils devenaient la risée des addictifs. Ah! Si au moins ils hasardaient au plaisir que cela procurait! Le plus fun, c’est que l’être humain en soi pourrait bien se passer de ces substances et se trouver malgré tout sous l’effet d’une drogue psychologique. Mais avec cela, ils faisaient le malin en se croyant sains d’esprit parce qu’une bouteille de vodka durait une semaine dans leur mini bar, ou encore leurs narines n’ont jamais été défoncées par de la coke ou leurs lèvres n’ont jamais été noircies par du smack. Cette dernière n’est que cliché ! La drogue en soi est tout ce qui rend accro. Accro au café, à l’alcool, au chocolat, à la lecture, au sexe, à la peinture, à la danse, aux jeux vidéo, et même à faire chier les autres. On en veut toujours plus, jusqu’à l’excès, jusqu’au point du non-retour, il suffit d’y gouter et on s’y prend à ce self-challenge du jusqu’où on peut y arriver, à cette limite de folie qu’on cherche et recherche.

Ce sont toujours les mêmes réflexions qui le taraudaient dès qu’il se trouvait par ce coin de rue à Carrefour dans cet entrepôt délabré quasi vide. Il savait qui il était et il avait fini par s’accepter pour ensuite s’assumer et pour lui, le seul moyen de se prouver à lui-même, ne réside qu’à pousser ses limites

Il ajusta avec désinvolture la chemise bleue qu’il portait et afficha un sourire diabolique. Il passa méticuleusement son index gauche sur la lame, puis le porta à ses lèvres. Le liquide épais rouge lui semblait savoureux. Puis lentement, il enlisa la dague dans le myocarde de sa victime. Ses plaintes étouffées par le morceau de tissus enrôlé dans sa voute du palais, lui donnait l’impression d’être un chien abattu. Sauf qu’à la place du chien, c’était elle qu’on venait d’abattre. Sur son visage innocent, l’amalgame de douleurs suivies de sa mort laissait ses empreintes.

Il en était à combien? Il comptait ses doigts en faisant mine de réfléchir, et lâcha un petit cri de victoire quand il arriva à l’auriculaire de sa deuxième main.

000 était son code, nul ne connaissait son prénom et à lui seul il avait un réseau de kidnapping à 5 tentacules. Il n’avait non plus besoin de savoir à l’avance qui serait sur la liste de victimes de chaque réseau, ils devraient tout simplement chaque trimestre lui fournir 5 enfants au minimum. La plupart d’entre eux venaient des quartiers huppés de la ville et leurs noms étaient issus de familles qui contrôlaient les circuits commerciaux de l’île, c’était des gosses de riches.

000 n’avait rien contre ces bambins, il s’en foutait pas mal et leurs vies à ses yeux n’en valaient pas celle d’un vers de terre après avoir soutiré le magot de la bourse de leurs parents. Ce n’était pas non plus l’argent qui l’intéressait, quoique, il aimait les compter et inspirer leur odeur jusque dans ses entrailles et il n’était point d’accord que l’argent n’avait pas d’odeur. Pour lui l’argent n’avait qu’une odeur et c’était le luxe. Ce qui l’amusait, c’était la souffrance que ses aristocrates n’arrivaient pas à dissimuler quand il retenait leurs enfants. Son moment adoré fut toujours le second appel. Il aimait entendre les plaintes étouffées de ces mères, surtout celles mariées et il s’extasiait encore plus à entendre leur père le supplier de ne pas leur faire du mal, et ces moments lui auraient donné presqu’un orgasme tant son bonheur est à son comble.

Son réseau de kidnapping était organisé telle une entreprise. Il n’avait rien à voir avec les subalternes après le chef de chaque branche, sauf quand il fallait séparer la tune, 00A, 00B ,00C, 004 et 005. Qui les autres employaient pour aider à la tâche, il s’en foutait, tant que le travail était fait et bien fait, parce qu’une seule erreur venait à réduire en corps inerte et en un clic tout un réseau ainsi que son chef. Ceci était baptisé Principe Gauche, car celui qui était mort gardait tout bonnement son code avec le signe de la réduction (-).

Sa victime d’aujourd’hui n’était qu’une adolescente d’environ douze ans. Son père était maire de la commune et sa mère directrice de la douane. Cela faisait 2 mois déjà depuis que son nom était 21ème sur la liste, et durant ses deux mois, tout était bien calculé pour son enlèvement. Ses parents devraient payer sa libération aujourd’hui à 12:00. Ils étaient en retard de dix minutes et elle était déjà morte, pendant que les millions étaient déjà bien au chaud, attendant d’être comptés. Le portable qui avait servi à ses ravisseurs de communiquer à ses parents avait été écrasé, ils avaient enlevé toute trace. Ce coup-là était terminé faisant place au suivant.

La journée avait été amusante et satisfaisante. La pièce qui lui servait d’abattoir avait été nettoyée et aucune salissure de corps et de sang ne traînait. Avant de partir, Il jeta un dernier regard à cet endroit qui faisait ressortir l’excès de perversité en lui. Il longeait l’autoroute de Delmas dans une vielle voiture et rentra chez lui. Là il était quelqu’un d’autre, un citoyen honnête et respectueux, un homme de cœur et d’amour, un mari aimant et un père adorable. Il embrassait les deux femmes de sa vie d’un amour incommensurable. Il se sentait fatigué et n’avait nulle envie de s’attabler, il se laissa choir sur le sofa de la pièce et demanda à sa fille de lui jouer un morceau du piano qui traînait dans le coin. Il la regarda, cette jolie fleur qui n’était que le fruit de son amour partagé entre lui et Esméralda. Marguerite, tout de blanc vêtue, se mit à cœur joie faisant vibrer les touches d’une douce mélodie. Il en était fier. Il bailla et se laissa bercer jusqu’ à s’endormir.

Le lendemain, la matinée avait bien débuté. 000 avait fait le nécessaire en tant qu’homme pieux qu’il semblait être pour sa famille. Il avait sorti une de ses voitures flambant neuves aux vitres teintées qu’il s’était procuré quelques mois de cela. Il avait déposé Marguerite à son école ainsi que sa femme au travail. Cette dernière ne comprenait jamais pourquoi il changeait de voiture après les avoir déposées, elle ne comprenait pas non plus pour quelle raison quand il allait au travail, il se mettait dans la peau d’un homme qui tentait de joindre les deux bouts de sa vie alors qu’il se payait tout ce qu’il voulait. Elle avait tenté de lui parler un de ces jours, mais le ton grincheux qu’il avait employé ne l’avait point enchantée à continuer la conversation. Elle préférait se taire et le laisser faire. Après tout elle ne manquait de rien, elle se considérait telle une femme comblée tant sentimentalement que matériellement. Elle se convainquait aussi que l’homme qui partageait sa vie n’était point un exhibitionniste, peut-être qu’il ne possédait pas le premier degré de l’humilité mais n’aimait pas non plus faire le m’as-tu vu!

Il regagna son tas de ferraille et se rendit à l’entrepôt qui lui servait de tanière à ses activités malsaines et inhumaines. Il devrait finaliser quelques plans machiavéliques et savoir quand sa prochaine victime sera dans ses griffes acérées. La disparition de l’adolescente hier fait encore la une des journaux. Il était tout excité de savoir que c’était lui l’étranger obscur de ses meurtres et que ni la justice ni la presse n’en étaient au courant. Une idée de génie cria-t-il en son for intérieur, être mystérieux et être un génie c’est ça être un dieu pensa-t-il. Il se frotta les mains et se remémora le jour où cette idée lui avait traversé l’esprit et lui avait procuré une vague de chaleur, tant il était excité.

C’était après avoir regardé Laid to Rest, ce film de tueur en série. Chromeskull est vite devenu son idole. Il voulait faire exactement comme ce dernier, sauf qu’il comptait procéder étape par étape, gouter au plaisir de tuer, tout en se payant la tête de ses victimes. Au début, il ne pensait pas à tuer ces gamins, mais plus il y prenait plaisir plus il poussait à bout ses pires folies, cela fait déjà 3 ans depuis qu’il s’amusait à ce jeu plutôt dangereux et depuis il n’avait commis que 10 meurtres. Il se laissa tomber sur une dodine qui traînait dans la pièce en croisant ses bras derrière sa nuque. L’air décontracté, il ferma les yeux en dodinant. Il était dix heures et le tohu-bohu de la rue lui parvenait tel un murmure. Son portable sonna et il attendit une bonne minute avant de répondre.

– Ouais ! Lança-t-Il l’air dérangé.

– Plan à exécution à 14 h.

Il raccrocha. Il tapa des mains et fit un sourire mesquin. C’était le réseau 5 qui venait d’appeler. Il avait finalement décidé d’appeler le réseau 00C qui était sur le coup de la fille d’hier, l’argent était prêt à être séparé, on ne devrait pas tarder à le ramener. Il s’impatienta et se détendit quand la meute du réseau 00C franchit la porte. Ils étaient 5 environs, et 00C le chef, envoya à ses pieds une valise remplie.

– Cent mille! Lança-t-Il d’un ton neutre.

Leurs visages étaient dénués de toute expression. Tous de noir vêtus, portant des t-shirts et des jeans noirs ainsi que des baskets de la même couleur, à part 000 qui poussa un petit cri d’excitation, la pièce resta silencieuse. Il passa tout son temps à compter des billets de 1000 et au bout de son compte lança:

– 50-50 ! Après débrouillez-vous!

Il leur tendit leur part du magot et garda le sien dans son sac qu’il envoya valser sur la dodine!

– Vous avez fait du bon travail les mecs! Lança-il

Ces derniers hochèrent la tête et l’entourèrent. Avant qu’il ne comprenne ce qui était en train d’arriver, il fut maîtrisé sur la dodine, les mains nouées. Il demanda à 00C, ce qui était en train de se passer, il hurlait et les menaçait de mort s’ils ne le détachaient pas. La porte s’ouvrit brusquement et le réseau 5 remplit la pièce. Ils étaient au nombre de quatre. Deux d’entre eux tenaient de leurs mains fermes un corps qui se débattait et remplissait l’espace des plaintes étouffées. Sa tête était enfouie dans un plastique noir et son identité était dissimulée. 000 se raidit, son pouls se haleta dans sa tempe, il se sentit vaciller. Il reconnaissait ce corps svelte et élancé vêtu de cet uniforme, mais il attendait encore, et ses doutes se confirmèrent quand on la lui enleva brusquement le plastique noir.

000 arrêta de respirer. Lorsqu’il vit son innocente Marguerite. Son visage fut défiguré par ce qu’il ressentit comme un poids lourd dans le creux de son estomac. Il lança un regard d’incompréhension entre 005 et 00C! L’un des autres mecs du réseau 5 avança vers lui lentement. Il n’était en rien costaud contrairement aux autres et il n’avait point l’allure imposante. Aux primes abords, on l’aurait surement donné la vingtaine mais son visage renfermé qui ne présageait rien de bon, disait tout le contraire. 000 se sentit obligé de se maîtriser. Pour la première fois de sa vie, il sentit comme une peur l’envahir, mais il garda son sang-froid et Marguerite dans l’incompréhension la plus totale fit de grands yeux et regarda à tour de rôle son père durement ligoté ainsi que ses ravisseurs.

– Mon prénom à moi c’est Mike! Dit-il l’air détaché. Mais ça je suppose que tu n’en as rien à foutre Garry.

Il sursauta légèrement en l’entendant prononcer le sien. Une course folle débuta dans le creux de son estomac et dans un effort surhumain, il afficha un comportement neutre.

– Je suppose que tu ne te rappelles pas de Ryan? Laisse-moi te rafraîchir la mémoire. Il n’avait pas grandi avec un père, parce que ce dernier avait plaqué sa mère telle une ordure, après sa première année de naissance. Il faisait vingt-deux kilos et cent quinze centimètres. Il était métissé avec des yeux sacrément bleus. Sa mère s’appelait Ashley et avait ouvert une école d’art dramatique sur l’avenue N. Je t’épargnerai les détails de sa silhouette, mais si tu la voyais, c’est le genre de femmes qui fait ramper tous qui portent une queue, à ses pieds. Mais son amour pour son fils et l’humiliation que cet homme lui avait infligés, faisait aussi d’elle, ces femmes libres qui ne veulent compter que sur elle-même. Maintenant je te repose la question, te rappelles-tu de Ryan?

– Non! Dit-il tout sec.

Mike secoua légèrement sa tête en signe de compréhension et continua:

– Tu devrais! Peut-être que si je t’expliquais comment tu l’as tué, cela te rendrait bien vite la mémoire.

Il jeta un regard vers Marguerite dont les globes oculaires s’écarquillaient à l’entente de ses paroles.

– Et si on réglait ça rien que nous deux et pas devant…elle?

Sa voix se brisa en faisant allusion avec sa fille.

– Et pourquoi Garry? Ta jolie petite fleur a quoi de différents avec les autres? C’est même tout un plaisir pour toi de décrire à ces mômes comment tu allais leur prendre leur vie!

Il expira bruyamment! Mike était calme, beaucoup trop calme et Garry n’avait aucune idée de ce qu’il comptait faire ni de Marguerite, ni de lui. Il se demandait à l’instant pour quelle raison eux tous étaient en train de se retourner contre lui après trois ans de collaboration. Il leur avait permis d’avoir tout ce qu’ils souhaitaient posséder. Il partageait avec eux le butin moitié moitié.

– Ryan venait d’avoir huit ans quand le réseau 00A l’avait enlevé. Quand sa mère m’a appelé en tant que grand-frère je n’ai pas hésité à contacter -00B. C’était un vrai pote jusqu’à ce qu’il fasse parti de ton réseau de malfaiteurs. Il m’a dit que ce n’était pas sa section qui l’avait enlevé mais qu’il vérifierait si le petit était de ce côté. Il m’avait rappelé cinq minutes plus tard pour me le confirmer. Sa tête valait 50 000 dollars et la rançon devrait être due sur cinq jours à 21h le 13 mai 2017 à Djoumbala.

– Je parie que vous n’étiez pas à l’heure! Dit-il posément

– On était en retard que de 5 minutes, bordel!

Mike avait crié, ce qui fit sursauter Marguerite. Elle se mit à sangloter.

– Cinq minutes de retard, cinq minutes où les flics pouvaient nous intercepter. Répliqua Garry l’air totalement indifférent.

– Il n’y avait pas de flics, il n’y avait personne d’autre qu’elle et moi!

– Je ne pouvais pas le savoir!

– C’est vrai! Reprit Mike lentement, Quand j’ai rappelé -00B, il m’a tout simplement dit que c’était fini. Tu n’imagines pas le comble mon cher Garry.

– Et laisse-moi deviner durant ces derniers mois, tu nous as retrouvés et boom tu es venu venger le gosse de ta sœur.

– Vu juste! Sauf que c’est plus que ça! Ce ne sera pas qu’une simple histoire de vengeance. Attachez-la! Dit-il

Garry les regardait faire, essayant de réprimer les sentiments confus qui le traversaient, et il se mit à penser à l’époque, qui avait le code de 00B. Il se remémora des souvenirs et se souvint que ce dernier a été tué en rentrant chez lui, d’une balle en pleine tête Il comprit à l’instant qui avait tué ce dernier et c’était sans l’ombre d’un doute Mike. Il resta de marbre, sans broncher, regarder sa fille se débattre comme elle peut. Il se dit que c’est une blague, ses hommes tout simplement voulaient voir à quel point il pouvait être faible et utilisaient sa fille contre lui. Et c’est là que la grande question lui vint à l’esprit, comment savaient-ils qu’ils avaient une fille et encore moins, comment savaient-ils que Marguerite est sa fille? Il paniqua en pensant qu’Esmeralda doit sûrement être en danger aussi. Mike s’approcha de lui, ce qui lui tira de ses pensées.

– Admettons que ce n’était pas ta fille, combien elle coûterait?

Il fit mine de ne pas l’entendre.

– Comme tu voudras! Ryan coûtait 50 000 en 2017, la fille d’hier avait treize ans et coûtait 100 000, ta jolie petite fleur n’a que 15 ans non? Et si j’additionnais ces deux sommes et les multiplier par 2+3? 2 parce que ça fait deux ans depuis que Ryan n’est plus et 3 parce que la petite d’hier était âgée de trois ans de plus que mon Ryan? Ça devrait faire un total de…Bingo 550 000 dollars.

Il se sentit frémir!

– C’est raisonnable pour la fille du plus grand chef de kidnapping de la capitale! Sauf que, ça ne suffira pas à effacer les douleurs que Ryan et tous les autres ont dû subir.

Mike alluma une cigarette et fit signe à 005, ce dernier enfonça un morceau de tissus dans la bouche de Garry et il rajusta les liens pour le maintenir encore plus fermement. Une détonation retentit et le cœur de Garry rata un battement. Il pensait qu’on venait d’éliminer Marguerite. La douleur s’incrustant dans sa peau, il comprit que Mike venait de lui buter une jambe. Il aurait voulu crier mais le morceau de toile l’en empêchait. Son souffle haletait et il suait à grosses gouttes.

– C’est dommage que ton père ne se rappelle pas de Ryan, belle Marguerite. C’est le premier de sa folie meurtrière. Je vais devoir t’expliquer la suite, tu es plus jeune, tu comprendras mieux que lui.

Ils l’avaient allongée sur une grande table, ses mains ainsi que ses pieds étaient attachés de part et d’autre de la table, ses lèvres sont enrôlées dans un morceau de tissus qui lui empêchait aussi de crier ou de parler. Mike attrapa un autre morceau de tissus et lui banda les yeux.

– Désolé ma jolie, je ne pourrais pas lire la tristesse dans tes yeux, cela m’empêcherait de continuer, contrairement à ton père qui s’y plairait.

Il alluma une seconde cigarette tout en écrasant le premier du bout de ses chaussures et s’assit sur la table près du corps de Marguerite qui tremblait de peur.

– Quand j’ai retrouvé le corps de Ryan, commença-t-il doucement, son corps était rempli de petites brûlures dues à une cigarette.

Il accompagna sa parole de ses gestes. Il enfonça la cigarette allumée sur la peau de Marguerite en regardant Garry droit dans les yeux. Cette dernière bougeait comme un vers de terre et on entendait ses cris étouffés.

– Les petites mains de Ryan, elles, je me rappelle comme si c’était hier, avaient été enlevées de leurs doigts innocents, on aurait dit un voleur attrapé et qu’on lui avait donné une bonne leçon. Malgré les nombreuses fois où j’ai joué avec ses petits doigts, cela n’avait pas suffi à m’enlever l’image de cette soirée horrible.

Il sortit un petit canif de ses poches. Garry se sentait mourir, il essaya de toutes ses forces de se défaire de ses liens qui le maintenaient en place.

Mike attrapa le poignet de la main droite de Marguerite. Il lui arracha d’un trait tous ses doigts. Elle fut prise de convulsions. Le supplice de la vengeance était à son comble. Le sang dégoulinant de sa main donna à Mike presqu’un haut le cœur. Il se dit qu’il devrait arrêter, qu’il n’aurait pas dû s’en prendre à la petite mais de préférence à son père, mais la rage qu’il ressentait quand l’image du corps de Ryan passait en boucle dans sa tête l’en empêchait. Il ne se croyait jamais pouvoir faire de mal à une mouche, mais il n’avait pas perdu que son neveu, il avait aussi perdu une sœur. Il avait compris que les personnes de son genre n’avaient besoin que d’une raison profonde, un déclic pour réveiller l’unique Lucifer qui dormait en elles.

Il attrapa l’autre main et en fit pareil sans hésiter. Il se sentit déstabiliser quand le corps de l’adolescente ne cessait de remuer sous la douleur. Il dût tirer un gros coup sur la cigarette pour se calmer. Il se dirigea d’un pas lent vers la seule fenêtre dans la pièce et entrouvrit les persiennes. Un courant d’air traversa la pièce et il inspira puis expira jusqu’à ce qu’il se calme. Seules les plaintes étouffées de sa victime se répandaient à travers l’espace. Les hommes du 00C et du 005 étaient restés de marbre durant tout ce temps. On croirait que ce sont des machines à manipuler tant ils n’ont pas bronché. La scène quoique terrifiante les laissait de marbre.

– J’ai entendu dire, Garry… que tout ce qui te faisait plaisir c’était la simple idée de faire peur à leurs parents, alors pourquoi les tuer?

Il attendit un moment sa réponse puis se tourna en sa direction, il se souvient que ses lèvres étaient emprisonnées. Il se dirigea décidé puis l’en débarrassa.

– Je t’en prie, laisse-la partir! Elle n’en a rien à voir ! Garry l’en suppliait presque.

– La laisser partir? On m’a dit que Ryan t’avait demandé la même chose et tu lui as ri au nez! De toute façon, elle n’a plus de doigts, elle ne pourra plus te jouer un morceau de piano, le soir! Ryan en jouait aussi drôle de coïncidence !

– Je t’en prie Mike! Je pourrais te donner tout ce que je possède.

– Ce soir-là, sa mère et moi, on t’avait donné tout ce qu’on possédait aussi. Déjà tu avais dans tes pattes toute sa vie, ensuite on t’a apporté l’argent demandé. Je me demande pourquoi Ryan? Avais-tu un différend avec Ashley ou un membre de notre famille? Dis-moi tout peut être que je laisserai Marguerite en vie.

– Je ne la connaissais pas! Quelqu’un m’avait tout simplement contacté et m’avait demandé de le faire, il m’avait proposé une somme exubérante et je n’avais pas bronché, j’avais suivi à la lettre ce qu’on m’avait dit. Deux jours avant l’enlèvement, j’avais reçu mon gâteau, la somme que je vous avais demandé n’était que la cerise.

Garry disait tout cela la voix fébrile et lasse.

– Ce qui veut tout simplement dire qu’importe qu’on serait venu à l’heure vous l’auriez tué?

Il hocha la tête. Mike s’approcha de Marguerite dont les plaintes étouffées n’avaient cessé mais avait diminué. Garry ne savait plus ce qu’il ressentait durant tout ce moment. S’il le pouvait, il serait revenu quelques années avant pour ne pas avoir à enlever Ryan, rien que pour empêcher toute ces atrocités qu’on infligeait à sa fille. Lui qui s’était toujours promis de la protéger des personnes de son genre. Il n’avait pas eu la chance et il comprenait parfaitement ce que pouvait ressentir Mike et toute sa rage. Il avait été payé pour tuer Ryan, et il prit conscience qu’il en avait tiré un plaisir fou sans se soucier de ce qui pouvait arriver ensuite et deux ans plus tard, l’ombre du môme l’avait rattrapé. C’est douloureux pensait Garry, les souffrances des autres qui quelques heures avant lui procuraient un plaisir démentiel, face aux siennes il se sentait mourir.

– Je pense que tu as une idée de qui est ton père maintenant!

Il observa une longue pause, écoutant les supplications de Garry. Puis continua:

– Il avait été étouffé avec une corde! Tant de souffrances qu’un si petit corps avait enduré Marguerite! Il avait huit ans! J’aurais préféré qu’on lui ait mis une balle tout simplement. Alors Garry, c’est l’inconnu du portable qui t’avait aussi demandé de le tuer de cette manière aussi brutale?

– Oui, oui, je te jure!

Le ton roublard et précipité de sa réponse le trahissait.

– Anh anh Garry! Tu mens!

Il enfonça une des lames de son canif dans la cuisse de Marguerite et le fit glisser jusqu’à ses genoux. Sa chair était ouverte et du sang jaillissait. Garry vomit, ce qui étonna Mike! Et ce dernier enleva l’étoffe qui obstruait les yeux de Marguerite. Ils étaient embués de larmes et son visage, déformé par la peur et la douleur. Elle récitait le nôtre père en son for intérieur parce qu’elle savait que ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle soit morte. Elle regardait son père. Elle le fixait de ses prunelles rougies et enflées par ses larmes. Elle ne voulait pas y croire une seconde à tout ce qu’elle venait d’entendre. L’idée que son père soit un psychopathe lui turlupinait. Comment tout cela pouvait être possible quand il y a quelques heures de cela elle se disait qu’elle était chanceuse d’avoir une famille comme celle-là, plus encore qu’elle avait un père qui lui couvrait d’amour et d’attention et de tout ce qu’elle pouvait manquer ? La voix de Mike lui racontant toutes les monstruosités de son paternel la tourmentait. Ce dernier ne pouvait être ainsi, il leur avait manifesté trop d’amour, sa mère et elle pour que ça soit réel. Et elle se rappela comment ce dernier venait d’expliquer l’enlèvement de cet enfant dont ce monsieur en vengeait aujourd’hui. Et qu’il y en avait eu d’autres après cet enfant pensa-t-elle. Elle se souvient même des notes de musique qu’elle lui a jouées hier, en se rappelant qu’une vie a été enlevée hier par ce dernier. Elle se dit que si tout cela était vrai, ce n’était que de sa faute si maintenant ils étaient entourés par ces hommes qui savouraient un moment si horrible.

– Je suis désolé Marguerite! Lui lança son père.

Elle se contenta de le fixer, et de se dire quel père pouvait infliger une telle atrocité aux enfants des autres de ses propres mains ? Elle se sentit mourir, tout ceci était bien trop réel, bien trop douloureux pour ne pas être vrai, en dépit de tout, elle aurait voulu garder une image saine de son père et non un monstre emballé dans un beau corps et masqué de tout ce qui peut y avoir de faux.

– J’aurais voulu t’humilier Marguerite, prendre ta fleur d’innocence aux yeux de ton bourreau de père, j’aurais même pu t’épargner la vie, mais ce serait absurde pour les deux êtres que j’ai aimés et qui ne sont plus. Rien ne pourra remplacer un fils assassiné m’avait dit Isabelle après avoir vécu l’horreur, et rien ne pourra remplacer une sœur, la seule qu’on aura connue de toute sa vie. Mais ce que je n’arriverai pas à te faire c’est de t’étouffer avec une corde encore moins t’enfoncer une dague dans le cœur et goûter à ton sang, mais je te mettrai une balle dans la tête comme j’aurais préféré savoir mourir Ryan.

Avant qu’il ne soit interrompu, une nouvelle détonation retentit et du sang jaillit. Garry hurlait de toutes ses forces. Les veines de son front, sur sa tempe ainsi que celles dans son cou ne demandaient qu’à être crevées pour alléger sa souffrance. Puis tout se tut. Le corps inerte de Marguerite était resté allongé, toujours attaché, ses yeux sortaient de leur orbite, elle avait eu horreur de sa propre mort. Du reste de la salle, les morceaux de chair et de sa cervelle en étaient éparpillés et du sang y dégouttait pour venir ramper à même le sol.

Mike avait éclaté la cervelle de Marguerite.

La porte s’ouvrit à l’instant et elle entra! Elle se déhancha, un sourire satisfait sur ses lèvres. Elle portait une robe rouge trop moulante au décolleté plongeant qui arrivait à la naissance de ses seins, avec des talons compensés. Son maquillage un peu vulgaire, lui rendait méconnaissable, sans manquer ses boucles noires d’ébène qui s’étalaient sur ses épaules. Mike semblait soulagé de la voir rentrer, et elle se jeta à son cou dans un geste réconfortant et l’embrassa langoureusement.

– Bien! Maintenant que vous avez réglé vos différents, et que Mike tu es plus ou moins satisfait. À partir de maintenant c’est moi qui donne les ordres!

Garry, dont les larmes avaient embué la vue peinait à la reconnaître. Mais il aurait reconnu cette voix entre mille.

– Esmeralda!

Naola Kensyana Stéphanie JOSEPH

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1 commentaire
  1. Ludwing Ashley Georges dit

    Alors la oui, quel retournement. Enfin, je veux parler du tout premier. Lorsque Mike a fait maitriser 000.
    Le deuxième, j’espère seulement que ce n’est pas ce que je pense.
    Très beau texte. J’ai aimé le lire. Une histoire qui m’a surpris à différentes surprises.

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