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Mon coeur chante un désespoir qui ne veut plus partir.

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À nos mamans, parties sans nous faire un dernier baiser,
À nos pères, disparus sans nous avoir d’abord bénis,
À nos frères et sœurs,
Ceux-là que nous avons aimés sans réserve,
À cette parfaite inconnue, que je ne recroiserais plus jamais et qui avait le mérite d’embellir mes ternes matinées,
Et à Monica, qui me manque un peu plus chaque jour…

12 Janvier 2020, 4 heures 45 minutes

Comment oublie-t-on ? Comment accepte-t-on le départ d’un être cher ? Que boit-t-on afin de tout oublier, par quels procédés magiques arrive-t-on à effacer la douleur, et avancer ? Puisque c’est ce que nous demande la vie. Avancer, une fois, deux fois, trois fois. Avancer, puisqu’il nous faut nous reconstruire…
Si ici tout a changé, c’est pour devenir pire. Port-au-Prince est aujourd’hui une prison à ciel ouvert, les espaces où librement circuler sont clairement délimités, gardés par des hommes armés. Port-au-Prince est triste. Port-au-Prince est en train de perdre sa foi, lentement mais surement.
Et que faisons-nous depuis que vous êtes partis ? nous espérons, voilà notre arme la plus chère. Nous espérons ce monde guérit, qui tarde à voir ses plaies se cicatriser. Nous espérons oublier la douleur qui nous hante depuis votre départ. Il nous arrive aussi, lors de nos nuits mélancoliques, d’espérer que vous reviendriez, comme ça, par enchantement, et que la vie reprendrait son cours, comme ça…


Car il y a nos douces mères, parties trop tôt. Il y a nos pères, qui ne reviendront plus. Il y a nos frères et sœurs, ceux que nous n’aurons plus la chance de leur témoigner tout notre amour. Il y a aussi ces beaux inconnus, que plus jamais nous n’aurons le loisir de rencontrer leurs chemins. Et il y a Monica, qui me manque un peu plus chaque jour…
Que raconte-t-on à une mère à qui son fils lui manque ? Que ressent un enfant lorsqu’on lui dit que plus jamais il ne reverra le regard apaisant de son père ? Que l’enfant avec qui se rendait-t-il à l’école, piégé sur un dédale de briques, est parti se reposer pour l’éternité ? Que son frère et sa sœur, plus jamais ils ne reverront leurs doux visages ? Comment console-t-on un père de la disparition de sa fille unique, partie pour l’université, et dont le corps, sous mille débris, ne sera point retrouvé ? Comment fait-t-on ce pas en avant, quand voilà dix ans depuis que votre femme, celle qui vous épaulait envers et contre tout, disparaît pour ne jamais revenir ? Car, aussi puissante que nous puissions être, la mort d’un proche a le pouvoir de nous briser en deux, quand bon lui semble.


Monica, toi que je ne reverrais plus jamais, sache que tu me manques, petite fleur. J’ai connu des joies, j’ai connu des peines, mais mon plus beau souvenir reste et demeure cet après-midi de mai, quand nous nous sommes rencontrés, à cette journée récréative, et que je me suis mis à te raconter mes déboires d’adolescents. Tu m’as écouté parler, – Dieu seul sait comme je parlais beaucoup à l’époque ! – sans sourciller, sans te plaindre. Tu me voyais tel que j’étais alors : un garçon paniqué, désemparé, et se perdant dans ses travers. Tu n’avais pas les réponses à mes questionnements, mais tu les avais compris… Depuis, j’ai souri, j’ai aimé, j’ai fait de précieuses rencontres, J’ai eu d’autres amitiés, mais mon monde n’a jamais été celui que l’espace de quelques mois tu as habité. Continue de reposer dans la paix la plus sereine qui soit, belle âme.
Comment oublie-t-on ? C’est, il me parait, un exercice impossible. Comment avance-t-on ? un pas après l’autre. Pour eux, parce qu’ils le méritent. Pour nous, puisqu’il le faut…

 

 

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1 commentaire
  1. Tekyla dit

    En mémoire à nos familles et amis disparus envers qui nos peines et nos chagrins ne tariront guère. Profond ?

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