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Je suis un salaud 2

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Je reviens à la charge, avec mes propos qui vous rappelleront mon dernier passage ici, comme une blessure ouverte. Mais avant, je voudrais vous assurer que ma condition n’a pas bougé d’un iota ; en effet, je n’ai pas changé d’un pouce. Je suis le même de la dernière fois, toujours égoïste et suffisant. Et comme vous pouvez l’imaginer, aucune humaine ne m’a encore atrophié, heureusement. (J’attends encore que cela se produise, hein !) Alors, je ne viens point vous parler de repentance, de rédemption. Ressaisissez-vous si vous aviez pensé à cela ! 

Ceux qui ont cru que je viendrais vous présenter un autre homme que je serais devenu, ramènent à ma mémoire la ravissante Betline, une ex, disciple de l’Eglise des Rachetés fondée par un groupe de missionnaires venant des États-Unis et qui ont trouvé un terrain propice sur cette partie de l’île. La servante croyait dur comme fer que mon nom figurait sur la liste des Élus et que je changerais mon fusil d’épaule d’un jour à l’autre pour la suivre. Cela dit, elle-même se trouvait justement sur mon chemin pour me le faire comprendre, alors que ses formes généreuses et nos ébats, seuls, m’intéressaient. Ah ! Cette Betline qui adorait tellement quand je lui faisais goûter les doux plaisirs de la chair. Finalement, elle avait compris qu’elle perdait un temps précieux à croire en l’impossible.

Voilà ! Je poursuis encore allègrement mon chemin de salaud, de joyeux drille. Moi, soldat de l’impertinence, soldat invaincu jusque-là et qui restera peut-être invincible jusqu’à son dernier soleil. 

Bon, je dois admettre que je compte deux ou trois petits chagrins sur mon parcours, mais je vous assure que ce n’étaient jamais des histoires musclées comme celles de la plupart des compagnons que je rencontre à longueur de journée et dont je plains les déboires. Croyez-moi ! Toutes les dispositions que j’ai prises dans ma vie m’ont toujours aidé à garder mon statut et tenir tête à ce qui se présente généralement. Entendez surtout celles qui concernent ma vie sentimentale. Enfin, si j’en ai une. J’ai élaboré en moi un système de défense infaillible qui me protège contre toute attaque amoureuse, contre toute dérive sentimentale. Mon cerveau reçoit, quand il le faut, des signaux que le système m’envoie pour me mettre en garde. Comment cela fonctionne-t-il ? Dès que s’approche le danger, le mécanisme se déclenche, les signaux clignotent et je me ressaisis vite fait. Je repense à la dernière fois où tout le système s’était mis en branle. C’était fou, je vous le jure ! 

Il s’agit d’une femme que j’ai rencontrée lors d’un voyage en province. Dans un petit quartier rieur, ma voiture m’avait collé une méchante panne. Désespéré, je ne savais que faire. Faedja qui habitait le quartier m’avait aidé à gérer la putain de panne, et on avait gardé contact. Faedja m’avait appris par l’occasion qu’elle passait aussi un peu de temps à Port-au-Prince. On s’est revu lorsqu’elle y est rentrée. Après quelques semaines, je me suis senti chuter de ma position, comme si mes pieds avaient dérapé subitement dans une spirale de sentiments. Le pire, ce fut elle qui avait lancé l’attaque. Faedja me disait sans préambule : « Chéri, nous sommes parvenus au carrefour de nos destins, nous devons nous ouvrir pleinement aux bienfaits de l’amour ! » Elle nous voulait unis comme les deux doigts de la main, et me le montrait de différentes manières. Franchement, elle avait investi mon petit espace intérieur, et disait fièrement vouloir apporter une touche esthétique à mon existence. Du coup, s’était développé un certain attachement en moi pour elle, m’enjoignant de lui accorder la majeure partie de mon temps, et négligeant du coup mes autres occupations coquines. Naturellement, j’avais aussi commencé à baisser mes gardes.

En prenant le pouls de ma situation un certain soir, je venais à me poser quelques questions. Je me demandais si elle en valait la peine que je range toutes mes convictions dans une vieille valise pour elle, et surtout à quoi cela me servirait de m’investir dans une telle relation en ce moment. 

Elle commençait sérieusement à me dominer. Parfois, quand je me trouvais auprès d’elle, je restais quelques instants à la regarder, à l’admirer béatement. Elle avait de grands yeux qui lui mangeaient presqu’entièrement le visage. Elle transpirait la confiance mais je n’en voulais pas. Pas de cette idylle que cette fille trop parfaite désirait m’offrir. Pas de cette pseudo-stabilité à laquelle je n’étais pas habitué. 

Rapidement, une sensation de malaise face à cette situation m’avait envahi, donc les organes et tout mon système de défense s’étaient mis en branle. Par conséquent, je décidai donc de redresser la barre. J’ai réactivé deux filles, j’ai augmenté mes sorties me facilitant de nouvelles rencontres. Tout cela n’eut d’autres résultats que de m’aider à ralentir avec Faedja. Puis un soir, je l’ai appelée exprès, alors que je m’envoyais en l’air pour lui permettre d’écouter à pleins tympans les cris et gémissements de la fille qui jouissait pleinement du moment.

Ma douce Faedja avait donc fini par comprendre que je ne voulais pas de ce qu’elle me frottait à la bouche. Et ça arrive, hein ! En se tirant de ma vie de bohème, Faedja m’avait laissé avec ces mots : 

– Un jour, tu t’en mordras les doigts, Brad. Tu ne trouveras jamais quelqu’un comme moi. 

– Fadji, on n’est pas pareils. Et ça, je te l’avais dit dès le début. Prends soin de toi ! Avais-je répondu.

En fait, elle a peut-être bien raison sur le dernier point. Mais je ne cherche pas quelqu’un comme elle. Je ne désire pas tomber une fois de plus sur quelqu’un comme elle. Moi, je préfère de loin celles qui comprennent le jeu et qui décident de la jouer pleinement. Je suis un salaud. Je ne me laisse pas attendrir, je garde mes objectifs en tête et je ne fais que ce qui me plaît. Et ça c’est la vie que j’ai choisie, peu importe les conséquences qu’elle finira par me renvoyer, selon les juges. J’ai décidé de profiter démesurément de ma vie ici-bas, même en plein chaos. Alors ni personne ni rien, vraiment rien comme un certain sentiment, ne m’en empêchera.

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Bradley Jolibois

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