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Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux ! Je doute que ce ne soit une illusion d’Elisabeth et moi, ou du moins, un rêve parfumé d’amour, perdu au beau milieu de la nuit. Hier, j’avais une vie, car je l’avais elle, à mes côtés pour me combler d’amour, d’un amour qui se faisait vivement ressentir par des actions qui ont su graver son nom au plus profond de mon âme ; dans ses actes, l’amour lui-même venait puiser son étymologie. Il m’est impossible d’oublier son doux parfum qui m’inspirait bonheur et joie de vivre, ses tendres baisers mouillés qui exprimaient toutes les passions d’une amoureuse obsédée par l’envie du plaisir ; j’avais trouvé la mienne, celle qui m’était destinée. L’histoire avait changé, je ne regardais plus Elisabeth à travers ma fenêtre, Je me rendais à la bibliothèque municipale chaque mardi, dans l’espoir de lui arracher un dernier Bonjour, qui peut-être ne naîtra jamais. Donc, il m’était obligatoire de faire le premier pas, d’entamer cette conversation tant espérée par mon cœur fragile qui souffrait de ce vide affectif bien mérité.

  • Bonjour Elisabeth !
  • Bonjour Monsieur. Comment puis-je vous aider ? Vous voulez emprunter un livre ?
  • Non, je voudrais plutôt mettre certaines choses au clair, rattraper ce que par fierté nous avons perdu.
  • Sois bref, je suis en pleine séance avec mes lecteurs ! Dit-elle vaguement.
  • Rentrons à la maison. Ton sourire me manque, tu as tout détruit derrière toi, me laissant dans un monde incolore, inconnu et fade ; toute ma belle vie s’est retrouvée anéantie le jour où tu m’as laissé ces mots sur la table du salon, « adieu, je ne peux partager l’amour d’un infidèle ; après tout c’est ce que tu voulais mon chou ; tu as la vie devant toi ! » Quelle vie ? Une vie traduisant des souvenirs inoubliables commémorés au quotidien ! Un quotidien tristement nostalgique qui aiguise ton absence, une absence perpétuelle de ta présence. Sans toi Élisabeth, tout n’est que solitude, une solitude caramélisée par une tristesse infinie, voire cruelle, le regret d’un amour inexprimé, provenant de la perte d’un être aimé, tant regretté, aujourd’hui encore mes pensées sont hantées par l’image de tes yeux timides, par ce vide que tu as laissé, par ces jours où je mentais, je me rappelle mon arrogance comme de tes pleurs.
  • Ton infidélité était un choix et non une faiblesse. Tu as fait ton choix, assume-le et tourne la page ; tromper c’est remplacer sans assumer.
  • Je suis actuellement indécis, que dois-je choisir entre tourner la page et poursuivre mes divers suicides avortés ? Je réclame de préférence le salaire de mon acte, un salaire autre que l’abandon, ce tyran sanguinaire et coriace dont chaque personne ayant un jour connu le véritable amour redoute, car ses empreintes ne sont qu’une homothétie par agrandissement d’échelle d’une peine infinie. Il est souvent dit qu’une séparation est une bonne occasion pour grandir et entamer un nouveau départ, mais je me demande où j’irai me reposer en ton absence; il ne fallait que ton départ, Elisabeth, pour basculer toute ma vie vers la mélancolie, moi qui autrefois croyais que de l’amour émanait obligatoirement les fins heureuses, malheureusement à ce qu’il paraît avec cette chose, il ne faut pas se fier aux apparences, car en une nuit, au moindre incident, aussi petit qu’il peut être, ta sincérité est mise en cause, de là les désirs se transforment en haine, une haine ardente telle le soleil à son zénith. Que pourrais-je offrir pour revivre ces moments perdus dans nos mémoires ? Des moments que tu as trop vite oubliés, effacés et damnés. Les moments où tu me couvrais d’amour, de l’amour plus qu’il n’en fallait, dans mon cœur brillait de mille feux le soleil des amoureux ; amoureux comme nous l’étions autrefois ; nous étions pairs comme tes jolies lèvres qui ne cessent malgré la distance qui nous sépare, de me séduire comme le premier jour, ce jour où je me suis perdu rien qu’en croisant ses regards innocents. J’attends avec impatience comme un soldat au front lors d’une guerre, le jour où je redeviendrai le gardien de ton cœur, ainsi tu seras à nouveau ma muse, ma reine, celle qui fera de moi un homme, un père ; ce jour-là je saurai guérir les blessures que t’avait infligé la mauvaise personne que j’ai été, un infidèle ignorant. À présent j’en suis digne d’être celui qui embrassera Élisabeth devant l’autel.
  • Cocue. Je compte réécrire mon histoire, je suis maintenant la fiancée d’Édouard. Tu as eu ta chance, mais hélas, en amour, le temps où l’on réfléchit vraiment pour devenir quelqu’un de meilleur, n’arrive bien souvent que trop tard.
  • Ce qui me peine Elisabeth, c’est l’annonce de ton mariage dans les journaux d’avant-hier, c’est d’ailleurs l’une des causes de ma présence ici, cet acte est une tentative d’assassinat; tu ne peux m’infliger cette peine, je n’ai plus la joie de vivre cet horreur, tu réécris ton histoire, tandis que la mienne, la nôtre touche à sa fin et toi tu prépares ton mariage, de moi tu ne t’en soucie guère, Elisabeth je me meurs, j’ai la forte impression que tu m’aimes encore, quelque part en toi, il y a forcément cette voix qui t’appelle et te dis de revenir sur tes décisions !
  • Ecoute, entamer cette discussion avec moi est une preuve de non-respect envers ma personne, vis ta vie et daigne m’oublier ! Je dois coacher certains lecteurs, ce fut un plaisir !

Sur ces paroles je me sentais abandonné, rejeté, mais aussi impuissant face aux tranchants du destin, une simple tromperie accidentelle m’avait arraché ce qui m’était le plus précieux basculant ainsi toutes mes idées préconçues; j’étais perdu, mon visage affichait le sentiment d’un rêve inachevé, d’un avenir volatilisé vers le néant; les quatre vents du destin m’emmenaient vers un nouvel horizon, perspective de pleurs et remords; le regret causé par un extrême délaissement, un nouvel horizon plein d’ennui, trôné par un esprit suicidaire, mon compte à rebours étant lancé;  je ne peux qu’attendre ma mort, malheureusement trop amoureux pour perdre la vie, beaucoup trop pour ne pas attendre cette fin, qui probablement ne verra jamais le jour. La question était la même, Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Je l’ignorais encore, tout ce dont je suis conscient c’est qu’à son départ les lumières se sont éteintes, me plongeant dans un sommeil profond, impénétrable. Les derniers mots que ma bouche lançait vers Élisabeth, se résumaient ainsi :

  • En toute fierté je dirais que ma plus belle aventure c’est toi, Elisabeth et je t’en fais la promesse que je garderai mon tout dernier je t’aime pour toi, car je serai encore là, à t’aimer et à t’attendre jusqu’au bout de nos vies ; sincèrement je suis dans l’impossible de dire adieu à ce qui fut nous deux.

Ensuite, je pris le chemin menant vers les rochers de la route de l’Ouest, pour profiter de la magnifique vue que m’offrait le peu qu’il me restait de la vie, cet endroit c’est la seule chose que j’aime qui ne risque pas de disparaître, pas aujourd’hui au moins. Je respirais paisiblement l’air frais qui assiégeait l’environnement, les yeux fermés, quand soudain Elisabeth me toucha l’épaule.

  • Je savais que je te retrouverai ici ! Dit-elle.
  • Et tes séances de lecture ?
  • Offrons nous une autre chance, afin que notre histoire ne soit jamais oubliée ! Répliqua Elisabeth avec un air sérieux.
  • Et Édouard dans tout ça ?
  • Il comprendra, il saura aller de l’avant !

Puis elle s’approcha de moi, me serrant dans ses bras ; je restais ému, étouffé par la joie inespérée qui prenait place ; les mots manquaient, le cœur palpitant, la main tremblotante qui osait à peine la toucher, mes yeux en larmes qui me voyaient renaître à force que le soleil disparaissait pour laisser place à la nuit, une nuit tant attendue qui s’annonce chargée.

À cet instant précis j’ai compris qu’une nouvelle histoire pouvait s’offrir à chacun, pour peu qu’on ait le courage de faire le sacrifice nécessaire. Comme dit auparavant, dans toutes les relations, il y a ces moments d’accalmie où tout semble perdu, flou ; il y aura ces jours où nous perdrons espoir, ces jours où tout le monde, même nos amis se retourneront contre nous, mais jamais ne naîtra le jour où le vrai amour nous abandonnera.

Tony Bradley Chalimeau

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