Pergolayiti
Take a fresh look at your lifestyle.

Tout ce que mon père m’a pris

0 544

-Connard, je te déteste. M’insulta-t-elle sous les regards interrogateurs de tous.

Comme à l’accoutumée, ça ne m’avait fait aucun effet. J’avais cessé de vivre depuis bien longtemps déjà. Depuis le départ de maman vers les cieux, je vivotais comme je pouvais. Un père souvent absent, et un manque omniprésent à longueur de journée. C’est bien ça en résumé, alors laissez-moi vous dire que leurs insultes ne me servaient plus à rien à part subsister mon besoin sanguinaire de leur faire chier. Elles me traitaient de connards, de salauds mais il n’y avait pas que ça, j’étais ce qu’on pouvait appeler un Don Juan, un prédateur, un joueur, tout ce qu’il y avait d’inhumain bouillonnait en moi. J’en étais fier, j’existais par et pour cela.

Oh ! Je suis désolé, j’ai oublié de me présenter, je suis Stéphane Delancourt, il est inutile de me décrire mais sachez, je suis un démiurge, j’ai l’argent, le pouvoir et surtout j’ai des filles à mes pieds. Je sais que vous pensez que je suis un scélérat. Vous avez raison, comme je suis de ceux qui pensent que les gens ne peuvent changer, j’accepte, je suis un monstre. Croyez-moi, j’ai de quoi vous surprendre. Eh bien, laissez-moi vous confier une partie de ma misérable existence. Je ne veux en aucun cas que vous pensiez que je vous force à me prendre pour un gentil, bien sûr que non. Dans cette histoire tordue, je ne suis pas le méchant au contraire, je les aidais mais il faut quand même un bénéfice c’est quand même la loi de la nature.

J’étais un dépravé pour certains, un obsédé sexuel pour d’autres, comme tout amateur, chacun son goût, chacun son fantasme. Comme je l’ai dit, j’aidais, je ne faisais qu’aider ces bambins à trouver un local pour se niquer. Vous vous demandez sûrement ce que j’avais à gagner, je sais. C’est simple, moi j’avais la possibilité de les guetter, si je vous disais comme ça me mettait sur mon petit nuage à chaque fois. Je prenais mon pied en écoutant leurs cris, les voir se tordre de plaisir me procurait un plaisir inexplicable, j’aimais sentir l’odeur de leurs jus laiteux à des kilomètres. J’aimais par-dessus tout me satisfaire sans les toucher. J’aimais mon monde, j’aimais ce que je faisais.

Bien de fois, ils m’ont surpris en train de les observer, bien de fois ces pauvres filles venaient solliciter ma pitié pour ne pas divulguer leurs secrets. Mon plaisir est personnel, ça n’avait jamais été mon intention bien sûr, je ne gâche pas la vie des autres je vous assure. Ils sont mes jouets, j’aime me faire remarquer alors je jouais de leurs faiblesses. Je sais que vous vous demandez d’où sort ce psychopathe, mais pour la première fois de ma vie, je n’ai de réponses à ces questions morbides. Je me vois comme vous me voyez, la seule différence, je m’accepte jusqu’à maintenant et vous en revanche vous me méprisez.

-Stéphane ! La voici ! Me dit Greg en me tapotant l’épaule pour me montrer une fille assise à l’autre bout de la salle.

Angela, m’a-t-on dit qu’on l’appelait. Apparemment cette fille faisait tourner la tête de plus d’un. Je ne savais pas encore ce qu’elle avait de spécial vu que je ne l’avais pas encore croisé sur mon chemin. Mais ce que je n’arrivais pas à comprendre c’est pourquoi elle ne venait pas comme les autres filles me sortir une excuse débile juste pour m’approcher. Ah la nouvelle, tu vas me le payer cher je t’assure, pensai-je à ce moment-là. Cette idée me faisait sourire comme je ne l’avais pas fait depuis une éternité. J’avais un nouveau jouet tout près de moi.

De là où je me trouvais, l’image qu’elle me renvoyait était plus qu’intéressante. Elle était belle, croyez-moi sur parole, si je vous dis qu’une fille est belle, elle l’est. Son innocence me mettait plein la vue, je ne me rappelais plus la dernière fois que j’avais croisé un ange sur mon chemin, ni de la dernière fois qu’une fille m’avait fait cet effet-là. Ses yeux étaient d’une beauté inimaginable, je n’avais jamais vu d’aussi beaux yeux à l’époque. Dire que ces merveilles se trouvaient dans le visage d’une fille aussi fragile. Que dis-je ? Elles se trouvaient à la bonne place et elles lui allaient.

Approcher une fille était pour moi un jeu d’enfant mais là je sentais mes jambes trembler, mes mains moites, je stressais comme un débutant ce n’était pas croyable. C’est la première fois que je me sentais si vulnérable en présence d’une fille. Elle était tellement concentrée dans sa lecture qu’on aurait dit qu’elle était totalement déconnectée de la réalité.

-Bonsoir Rayon de Soleil. Avais-je avancé pour la surprendre.

-Pardon ?

La surprise faisait instantanément place à un sourire que Dieu dans sa grâce n’aurait jamais dû lui donner. Pour maintenir l’équilibre, je lui ai répondu en espérant pouvoir l’intimider : « Vous rayonnez. ».  Ce jour-là, Je m’attendais à tout mais pas à entendre ce son qui sortait droit de ses cordes vocales pour m’impressionner. Je ne m’étais jamais senti aussi bien en présence d’une fille, elle s’étranglait à force de rire. Je ne savais pas encore que je pusse faire ça, non c’était une nouveauté qui m’avait plu comme par hasard.

-Désolée. Balbutia-t-elle à bout de souffle.

-Respirez Mademoiselle. Je me sentirais coupable si quelque chose vous arrivait par ma faute. Je suis Stéphane Delancourt. Lui ai-je dit en lui offrant ma main.

-Delancourt Stéphane !

-Oui pourquoi ? On vous a dit quelque chose de moi.

-Non rien. Je suis Angela, Angela Venus, heureuse de vous rencontrer mais je dois vous laisser.

Elle ne m’avait même pas laissé lui parler. Elle avait couru comme une folle me laissant planter là, elle savait quelque chose sur moi, ça ne faisait aucun doute. Son attitude était étrange en plus tout me faisait croire qu’elle avait menti. Que savait-elle ? Sans doute, on a dû lui renseigner à mon sujet. Ce fût ma seule pensée, il n’y avait aucun doute. Je suis un briseur de cœur pensais-je, elle s’est enfuie pour qu’elle ne soit pas la prochaine. Je ne voyais pas d’autres explications possibles. Mais je me promettais d’éclaircir les choses, elle ne pouvait pas partir ainsi, elle devait me revenir.

Deux semaines passèrent et aucune nouvelle de la rayonnante Angela. Je commençais à me demander si j’avais touché à l’une de ses amies ou pire une famille proche. Mes réflexions me forçaient à poursuivre mes recherches, j’avais besoin d’une réponse.

Peut-être que c’était une punition de la vie pour me rappeler que j’étais trop con, si c’était ça j’avoue qu’elle a touché au bon endroit. La seule qui est arrivée à me faire rêver s’était enfuie comme Cendrillon. Au moins le prince, lui, était chanceux, moi je n’étais qu’un malheureux qui voulait juste se montrer important. Je me disais que je n’étais pas digne de posséder une fille pareille, elle méritait mieux que moi. Je ne pensais pas qu’un jour j’arriverais à me détester autant. Tout se basculait comme la dernière fois, deux ans depuis que je pensais que rien ne pouvait m’atteindre. Je m’étais fixé un but et tout allait bien, je n’étais plus faible. J’avais laissé cette partie de moi endormie depuis un bon bout de temps et un seul instant a suffi pour que tout rechute au pire.

Je pénétrai ma maison ce jour-là avec la ferme conviction de tout recommencer. Il fallait que je change, pour moi, pour maman. Peut-être pour papa, que j’avais si bien méprisé depuis la mort de maman. Je n’avais jamais essayé de comprendre ce qu’il traversait. Il paraissait souvent triste mais je m’en fichais complètement. C’était le cadet de mes soucis d’ailleurs. Je ne sais toujours pas pourquoi ni comment l’envie de faire la paix me montait en tête. C’était la bonne décision, je le savais mais était-ce réellement le bon moment ? Je me le demande encore.

Je grimpais les escaliers quatre à quatre pour arriver devant sa chambre, mais je ne me souviens toujours pas combien de temps j’ai passé devant à essayer de toquer sa porte sans succès. La maison était trop paisible à mon goût, je tremblais de peur seulement à l’idée de lui parler. Maintes pensées tambourinaient dans ma tête. Je ne savais si je devais rentrer ou si je devais me préparer avant de venir vers lui. Une partie de moi ne voulait pas partir, mais me fit glisser sous la porte. Je restais là à attendre, je ne sais plus ce que j’attendais mais quelque chose me retenait là.

Je ne peux vous dire combien de temps j’ai passé endormi, mais un cri me fit sursauter. La voix d’une femme pensais-je.

-Désolée Madame je… Sortais-je en me levant.

-Stéphane !

-Angela ! Tu couches avec mon père ?

Je n’obtins aucune réponse d’eux. Je repartis presqu’en courant, le cœur déchiré par ce que je venais de voir. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sentais trahi.

Angela m’avait trahi.

 

 

 

Fédline Saint-Jean

Envoyez-nous vos textes, faîtes partie de l'aventure Pergolayiti

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.