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Hélas, je meurs !

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« Qui que vous soyez ceci est pour vous. Ce sera peut-être ma lettre de confession ou mon autobiographie, j’avoue que je ne sais pas moi-même. Mais peu importe ce que c’est prêtez-y attention s’il vous plaît. Ce sera éventuellement la seule bonne chose que j’ai faite en ce bas monde. Ce n’est pas qu’elle a été tout à fait merdique mais… De préférence, lisez et vous jugez par vous-même à la fin. »

Maritza Pierre-Paul

Par où commencer ? Les préambules n’ont jamais été ma tasse de thé, Il y a tellement de choses à mettre sur table que je ne saurais facilement débuter, peut-être est-ce dû au fait que c’est pour la première fois que je fais une vraie introspection de ma vie. Mais bon, comme on le dit souvent, c’est la vie. Qu’on le veuille ou non un beau jour la réalité nous tiendra tête. Je n’ai nullement envie de vous raconter mon histoire mais je refuse catégoriquement de passer l’arme à gauche sans m’être confessée. Vous vous demandez sûrement pourquoi ne pas le faire dans un confessionnal. Comment vous répondre? Peut-être que la lâcheté a fini par avoir raison de moi ou peut être que je suis trop faible pour réclamer l’absolution aux mains d’un prêtre qui sera obligé de me pardonner sans réellement le penser pour mes péchés commis durant mon existence.

Bref….

Sans doute, sur votre route, dans votre environnement, vous avez déjà croisé une femme qui vous a époustouflé par sa beauté naturelle. Au moins une fois dans votre vie, ça vous est arrivé, et c’est normal. Par contre moi, c’est une autre histoire. Depuis l’enfance, je me sentais différente des autres personnes que je côtoyais, nos goûts se diffèrent les uns des autres, c’est une gracieuse vérité mais sachez qu’il y a plus que ça. Ma différence n’est autre que le fruit de ma douce harmonie avec ma tendre compagne: la jalousie. Je ne pouvais regarder mes semblables, je n’osais même les contempler, elles étaient toujours aussi amochées à mes yeux. Certaines fois, je trouvais ridicule qu’on leur mettait sur un piédestal, je me demandais souvent pourquoi on ne les regardait avec mes yeux pour comprendre. J’étais en éternelle compétition avec mes camarades pour leur prouver qu’elles seraient toujours subalternes face à moi. Il m’a fallu des années pour comprendre que ma jalousie me consumait de l’intérieur. Elle était tellement ancrée en ma personne que je ne supportais pas que l’on guettait une autre fille que moi. À chaque fois, je me sentais blessée, trahie, parce que je voulais être la muse. Je ne pouvais m’empêcher de chercher l’imperfection dans la corpulence de mes rivales. Je leur trouvais toujours un défaut qui les empêchait d’être jolies. Toutefois, ça m’arrive de trouver des êtres sublimes, mais ces personnes dont je vous parle sont mannequins, chanteuses, des gens que je ne pouvais côtoyer, des gens que je voulais à tout prix ressembler.

Suis-je belle ? Très belle question. Certainement! Pourquoi les hommes se traîneraient-ils autant à mes pieds si je ne l’étais pas?  Mais est-ce que j’aimais l’image que me renvoyait ordinairement mon miroir quand je lui fixais? Fort souvent, je m’épatais, je vous assure que ces fois-là, j’avais en vue une déesse mais d’autre fois, je me trouvais ignoble comme s’il me manquait quelque chose que je ne saurais déchiffrer. Quand ces rares fois arrivaient, eh bien, je ridiculisais quiconque croisant mon chemin. C’était ma force pour prouver aux gens que je suis la plus belle, l’héroïne, la reine et personne d’autre.

Je me souviens qu’à l’école, j’étais toujours la première de ma promotion. J’aimais tant ressentir ce sentiment de gloire qui me submergeait lorsque je me retrouvais sur l’estrade. J’aimais contempler le regard ahuri de mes concurrents qui ne cessaient de se demander pourquoi moi encore et toujours. C’était simple, je travaillais dur pour être la meilleure. Ils ne pouvaient comprendre puisque je consacrais la majorité de mes journées à faire le m’as-tu vu sur la cour de l’école mais…. Ce mais qu’ils ont tant négligé, ils ne se doutaient pas que la nuit j’étais cette intello de bas quartier qui voulait à tout prix réussir. Et sous leurs regards incompréhensifs, je collectai certificat après certificat.

 « Honneur et Mérite à Maritza Pierre-Paul… ».  La phrase magique, cette phrase qui avait le pouvoir de me donner la chair de poule, cette phrase qui me forçait à travailler de plus en plus dur pour leur montrer que j’étais indétrônable. Par-dessus tout, ma fierté, je la lisais dans les yeux de maman, elle, ma source d’inspiration, ma source de motivation. « Ma chérie, je te le redis, tu es née pour régner.» Me disait-elle souvent. Si seulement, elle savait que je voulais plus que ça, si seulement elle savait que je ne voulais pas qu’un royaume. Non, je voulais l’impossible ! Comme on le dit, « rien n’est impossible, il suffit d’y croire. » Moi, j’y ai cru. Maintenant que j’y pense, elle ne saura jamais ce que j’ai sacrifié pour arriver au sommet, ce fameux sommet, oh non jamais…

User le cœur affaiblit l’humain. Est-ce que tout le monde en possède un ? »

L’amour, le cadeau divin, ce sentiment qui procure le bonheur, la joie, la paix et tout ce tralala d’après les dires. Vraiment, maintes fois j’ai entendu ces locutions sur l’amour et jusqu’à maintenant je ne parviens à y croire. Je ne suis pas inhumain, détrompez-vous. J’ai aimé comme tout le monde. On a tous fait cette folie au moins une fois dans notre vie, d’ailleurs c’est plus fort que nous. Peut-être que vous cherchiez le bonheur suprême alors que moi je cherchais l’amour aux mains d’un type d’homme en particulier, mais j’aimais et c’est bien ce qui compte, non ? Peut-être que j’ai passé toute ma vie à la recherche des beaux hommes virils, élégants qui me dominaient largement de taille et qui m’offraient des présents à chaque occasion et que… Oh non ! J’exagère. Toute ma vie ? Et Michel ?  Michel m’a aimé, hum ok, oui on s’est aimé, inconditionnellement, mais c’était un amour de jeunesse. Avec lui, je me sentais comblée, aimée, désirée mais il était diablement fauché, vous comprenez? Il n’était pas de mon type malheureusement ou heureusement je ne sais plus. « Avoir du cœur tue. » m’avait-on appris assez tôt. Et Dieu merci, ma raison dominait largement sur mon cœur pour me remettre sur la bonne voie. Courageusement, j’avais réussi à répondre : « mon cœur ne me tuera pas. » Et comme vous pouvez vous en douter, je l’ai quitté.

    Certainement, c’était la seule fois où j’ai versé des larmes de toute ma vie, mais il n’avait rien à m’offrir, je serai détrônée à cause de lui. Moi qui ne désirais qu’une vie de princesse, j’aurai été obligée de passer ma vie dans un taudis de bas quartier. Je me souviens m’avoir détesté mais, quand arriva le jour où j’ai tenu la carte d’invitation à son mariage en mains, mon âme a repris vie. « Il voulait me blesser, je lui ferais payer. M’avais-je promis » Oui, j’ai baisé Michel à la réception de son mariage, je n’ai pris aucun plaisir, aucun. Je me forçai tant de fois à regretter cet acte malsain mais au fond je sais qu’il l’avait bien cherché. Depuis lors, je n’ai aimé personne d’autre, absolument personne. J’ai perdu cet engin qui me forçait à aimer au moment où Michel s’est vidé en moi tout en criant ses insolents « je t’aime Maritza. » Je me souviens de cette gifle, ma première, celle qui lui avait fermé la bouche. Ne soyez pas si berné, elle n’était pas pour moi, elle était pour sa femme, pour celle qu’il venait d’épouser. Je lui avais blessé certes mais la pauvre n’avait aucun rôle à jouer dans notre histoire.

  Après Michel, j’ai refusé le décompte, c’était le sexe et l’alcool mes vilains compagnons. Les hommes n’étaient que des salauds, alors je profitais amplement de ce qu’ils m’offraient, le plaisir, l’orgasme, le paradis sur terre. Se faire plaisir mutuellement sans rien attendre en retour, ça m’allait. Ne vous inquiétez pas, me faire prendre était impossible, j’étais toujours l’ex petite fille studieuse, la talentueuse avocate, la muse. Au fil du temps, je devins accroc à l’alcool, Dieu seul sait ce que j’ai subi avant d’arrêter, lui seul connaît les maladies et les voyages inventés. Dieu merci, il y avait le sexe mon fidèle ami, après deux orgasmes, j’étais toute neuve. C’est ainsi que j’ai arrêté l’alcool pour m’abandonner au plaisir de la chair. Peu importe comment je me faisais du bien, j’étais en bonne et due forme…

Qui l’eut cru ? Si on m’avait révélé qu’à 25 ans, je me retrouverais dans un lit d’hôpital seule sans personne pour me soutenir à part mon omniprésente mère, j’aurais certainement dit que cela serait inconcevable, impossible. Mais, c’est le cas, j’ai un cancer des ovaires en phase terminale, c’est plaisant même l’argent, mon vieil ami ne peut en rien me porter secours. L’argent, le pouvoir, la gloire, mon quotidien en résumé ne peut me tenir compagnie. Pour eux, je me suis tant battu. Mais hélas !

Des amis, tout le monde en a, sauf moi, je n’ai eu que des camarades et des collègues. Quant à ceux qui m’offraient leur amitié ou leur amour inconditionnel, je les utilisais à bon escient pour en faire du profit et après je laissais la porte ouverte pour qu’ils s’en aillent loin de ma vue. Pourquoi avoir des amis ? Après tout, eux-mêmes nous poignarderont dans le dos quand ils n’auront plus besoin de nous.  Je ne suis pas sceptique mais j’ai vu des et des personnes pleurer à cause des trahisons venant de leurs amis. Pourquoi je devrais en avoir ? Peut-être parce qu’ils seraient en train de me réconforter à l’heure qu’il est. Ou peut-être que je me sentirais aimée ou peut-être parce que je manquerais à d’autres personnes que maman et ma petite filleule qui malheureusement ne voit que le bout de son nez. Un tas de peut-être, le mal est fait, hélas !

    Parlant de mère, elle était au bord de mon lit tout à l’heure, elle pleurait, priait et demandait au Bon Dieu de lui faire parvenir un miracle. Elle se sentira seule sans moi, elle avait perdu son mari assez tôt maintenant elle est sur le point de perdre sa fille. Je la comprends mais si elle savait qu’elle a élevé un monstre…. Si elle savait…  Combien de gens ai-je utilisé pour avoir le pouvoir ? Combien ai-je piétiné pour leur prouver qu’ils étaient inférieurs ? Qu’ai-je fait pour ressentir l’odeur agréable de l’argent ? J’ai couché avec des hommes mariés pour ressembler à des dames de la haute société. Avec mes compétences, vous vous demandez pourquoi tout ce sacrifice. C’est vrai j’ai eu un emploi de rêve mais il ne me satisfaisait pas, je voulais toujours plus. Peut-être que si je n’étais pas sur l’emprise de l’argent, j’aurais vu les choses d’un autre œil. Pourquoi en penser maintenant? Pourquoi me faire plus de mal? Peu importe, sous peu je passerai de l’autre côté. Alors….

                        « Je vous avais demandé de juger par vous-même. Ne vous forcez pas à le faire, j’ai ma réponse, n’ayez pas de pitié non plus, dans la vie on récolte que ce qu’on a semé. Je n’ai plus la force pour regretter toutes les horreurs que j’ai faites de ma vie. Et malheureusement, je n’ai ni le temps ni l’envie de demander pardon à ceux que j’ai blessé. Mais, j’ai l’opportunité pour écrire ces petits mots pour vous. J’espère sincèrement que ma lettre ne finira pas à la poubelle. Si la chance frappe encore à ma porte, je tiens à ce que vous sachiez que l’argent, le pouvoir, la gloire n’offrent pas tout. Il y a l’amour, l’amitié sincère, l’humilité, le bonheur oui le vrai que l’argent ne saurait acheter. Je réfléchis et je me rappelle plus de la dernière fois que quelqu’un m’a tenu dans ses bras et m’a dit que tout ira bien. Je n’ai jamais admiré le coucher du soleil à côté d’un être aimé. Je ne suis jamais parti à l’aventure avec quelqu’un en qui j’avais confiance. Je n’ai jamais ri à couper les tripes avec des amis. Je termine juste ma vie avec un vide dans la poitrine qui sans doute me tuera plus vite que mon cancer, je compte les heures à côté de celle qui a tout sacrifié pour mon bonheur sans avoir le courage de lui dire qu’elle a échoué. J’ai donné de l’importance à ces choses et j’ai oublié qu’il faut toujours un ‘‘équilibre’’.  Mon heure est sur le point d’arriver, hélas je ne peux plus rien faire pour réparer mes erreurs. Mais vous, vous avez encore du temps pour sourire à la vie, vivez, moi je n’ai fait qu’exister. »

Lire également>> Souvenir d’un soleil qui a trop vu.

 

Ne vous inquiétez pas pour ma mère, à son retour je vais la supplier pour qu’elle accepte d’adopter ma filleule adorée. Mère m’avait tellement supplié pour que j’accepte cette créature minuscule, dire que je n’en voulais pas. Les enfants! Je les avais toujours détestés mais pour maman je me forçais à prendre soin d’Emma. C’est peut-être égoïste de ma part mais je veux qu’elle s’occupe d’elle quand je partirai de l’autre côté. On m’avait demandé de l’adopter auparavant mais j’avais refusé en prétextant que je n’aurais pas de temps à lui consacrer. Maintenant, je ne désire rien d’autre que ça, qu’Emma fasse partie de ma famille. Elle ne finira pas comme moi, j’en suis sûre, ma maman est une femme formidable, elle en prendra soin. Moi, je suis juste une petite fille maudite qui est sorti dans le ventre d’un ange.

Rendez-moi un service, s’il vous plaît, souriez. Je viens de me surprendre à sourire bêtement et je refuse de le faire toute seule. Je ne voulais pas partir sans l’avoir fait une dernière fois et l’un de mes vœux vient tout juste d’être exaucé, en ce moment même un sourire se redessine sur mon visage alors s’il vous plaît.

 J’ai été peut-être trop long alors désolée de vous avoir pris tout ce temps. Je n’ai pas la moindre envie de vous retenir davantage mais n’oubliez pas « Ne vous contentez pas d’exister, vivez. »

    Bonne chance à vous!

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8 commentaires
  1. Maurice bigens dit

    Cela se lit avec tant de passions, toutes mes félicitations SAINT-JEAN Fedline. Tiens bon!

  2. ASA10HAIAIEL dit

    Bonsoir,
    C’est toujours un honneur de lire tes écrits. Bonne continuation!
    Merci.

  3. Fedline Saint-Jean dit

    À moi de vous remercier.
    Merci beaucoup

  4. Badio dit

    Très beau texte.
    Même moi qui te courtoyais longtemps il y a des choses que je viennes à peine d savoir là..

    Continue sur cette lancée,il y a beaucoup de potentielle

  5. […] Lire aussi>>Hélas, je meurs !  […]

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  7. Vasthi dit

    Waw waw époustouflant merci de me rappeler il y a pas que l argent dans la vie, t inquiète pas je souris

  8. Vasthi dit

    Je viens de re lire le texte et c different

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