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Silence Complice

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J’ai la tête comme un ballon, devant mes yeux les couleurs se mélangent pour finalement se muer en un noir troublant. Je sens que je glisse, mon corps dévale une falaise, la falaise de la solitude. Je hais ce sentiment de m’effondrer un peu plus, de faire de vains efforts. J’essaie de l’étouffer et je suis à nouveau victime… 

En toute hâte j’ouvre les yeux pour admirer mon plafond blanc. Le blanc, symbole de pureté, symbole de solitude, de détresse. Entre quatre murs blancs se retrouvent coincé le désespéré, il prie en silence pour que les démons ne puissent écouter sa requête, fermant les yeux pour ne pas contempler son malheur, il reste immobile par peur de réveiller le diable qui sommeille à côté… Je vois défiler des encadrements sur le mur, ensuite une tête, un corps, un visage mouillé. Je n’ai pas hurlé, à présent les cauchemars me font plus peur, ce sont mes compagnons.

Hallucinations… Réalité … je n’en ai aucune idée.

Snif snif snif

Il y a un son, quelqu’un se mouche le nez… il y a une voix.

« Désolé… je suis désolé… je ne voulais pas… on m’y a forcé… »

C’est à cet instant que j’ai remarqué que ce blanc n’était pas celui de ma détresse. Mais je suis où ? Qui connait aussi ce sentiment de s’effondrer à chaque minute ? Qui est ce gars ? Voilà la principale question. Il ne dit plus rien, il pleure… il pleure, il ne me regarde pas… il pleure, c’est tout.

Il y a cette chose qu’on désire posséder, y toucher mais que finalement on embrasse et qu’on y dépose rapidement par peur d’avoir mal, on a l’impression que ça chauffe, que ça brule. Mon cas est tout à fait différent, impossible de faire marche arrière, mes mains brulent, je souffre… j’ai peur pourtant je souris. Elle est là dans mon lit. Les gars pensent m’avoir offert ma chance…mes mains tremblent… les larmes arrivent… elle regarde partout. Elle admire les décors, ses photos. C’était la seule façon de l’avoir à mes côtés, avoir toujours son regard sur moi. Chaque soir elle me regarde tendrement, elle sourit et moi je lui dis à quel point je l’aime… je pleure, je ne peux m’arrêter. Elle me regarde, cette fois il faisait jour, le soleil était témoin. C’est la première fois qu’elle me regarde en faisant des mouvements, elle bougeait dans mon lit… désolé, je suis désolé, je ne voulais pas… c’est tout ce que je pouvais dire.  Elle m’a vu tel que je suis, un être brisé, un pleurnichard. Sans dire un mot elle est partie, dans une petite cadence elle a franchi la porte. C’est le meilleur film que j’ai visionné, j’aurais aimé qu’elle ne se termine jamais. Passer mes journées et mes nuits devant cette vue qui n’a duré que quelque secondes.

Vivre l’impossible, respirer l’air méchant, grandir dans un environnement toxique, c’est assez difficile mais ça rend fort et sensible à la fois. Nos sens connaissent l’odeur de la détresse, son regard, son murmure. A force de connaitre des situations incroyables, c’est ce qui parait normal qui nous effraie. L’autre jour Je me suis retrouvée dans le lit d’un mec, je ne l’ai jamais remarqué auparavant. Il était là à jouer ma musique préférée, celle qu’on joue avec le nez, je suis sûre que c’est aussi sa préférée. Il la joue tellement bien, avec assez de nuances. C’est ce qui rend cette mélodie si agréable, elle est bourrée de nuances, un peu plus lente, un peu plus forte, un peu plus rapide.

Enfin quelqu’un qui me ressemble. Je dois connaitre la cause de sa détresse. Ce qu’il voulait dire par « je suis désolé ». Qu’est ce qu’il a fait ? Enveloppé par la solitude, on se sent toujours coupable. On croit que tout le mal qui existe est de notre faute. La trahison, les pleurs, la solitude. Deux m’ont trahie et je n’ai plus confiance en aucun. Je suis enfermée dans ce cercle, je tourne, je saute, et j’y demeure encore…

Je veux disparaitre, vivre dans ce monde tel un fantôme, regarder les gens mener leur vie, sourire, pleurer, s’embrasser. Je voudrais être invisible pour de vrai. Tu parles et personne ne t’écoute, tu souris seul, tu te méfies de tout le monde, tu regarde la vie suivre son cours et t’entrainer avec. Tu as l’impression que tout le monde te regarde alors qu’en vrai personne ne te voit. Tu es seul à admirer ton impuissance face à ses désirs, sa volonté.

 La fille est là, toujours là, on dirait qu’elle est collée à mes pupilles. J’ai à nouveau pris le risque d’aimer. A présent il me faut assez de courage pour tout lui expliquer, tout lui avouer. Oser l’accompagner cet après-midi en sortant de l’école. Je voudrais qu’elle m’aide à écrire une autre histoire, histoire digne des contes de fée. Je voudrais désormais qu’elle décore ma vie, qu’elle récole les morceaux de mon cœur et qu’elle ait conscience de sa fragilité.

Il  est là à côté de moi, pour une fois il n’y a pas que mes écouteurs, il y a quelqu’un tout près. Quelqu’un qui ne me bouscule pas, mais qui est juste là, comblant mon vide. Il m’a regardé, il a souri, il a pris ma main, et je l’ai laissé faire. En quelques minutes j’ai oublié tous mes maux. Mes parents ont failli à leur tâche, je n’ai jamais connu ce sentiment d’être aimé, d’avoir ma main dans celle d’un autre, de me sentir protégée. Il ne dit rien, moi non plus. Nous ne faisons que marcher, nous ignorons notre destination. Il m’emmène loin de tous les pleurs, des cris de détresse. Boum ! C’est le dernier cri strident que j’ai entendu. J’ai reçu un choc mais nos doigts sont toujours entrelacés. Voilà que l’environnement a changé : des arbres, des fleurs, de la verdure. C’est une nouvelle aventure qui commence !

Sarah Pierre

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