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Repertum

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RETROUVÉE

J’ai perdu mon corps, il m’a plaqué. La vie aussi. J’ai perdu mon corps le jour où mon histoire a commencé, ma vie aussi. Mon âme est ailleurs, il vacille entre les arts. Il cherche sa voie, il fait sa vie. Mon corps a choisi également sa route. Réussir est obligatoire, on se doit sa réussite, on se doit de rêver. Mais comment les réaliser ? On rêve, on vit, on pense, on rit, on meurt. On tient à sa vie comme on a peur de mourir, pourtant on meurt tous, tous les jours. Nos émotions, nos forces meurent. Mais on rit parce qu’on croit vivre. 

Boulot, dodo, bouffe, ainsi riment notre quotidien. On se plaint tous de nos misères, on croit au BonDieu, à une intervention divine. Et le train de la vie se poursuit, on semble si bien dans notre crasse qu’on en rit notre misère. Notre pauvreté nous semble normale à la longue, notre peur s’agrandit, se nourrit.

La vie ne veut pas de moi, je me demande: pourquoi ne pas essayer la mort? On ne force pas l’amour, dit-on. Mais on s’efforce à vivre, oui cette vie, on ne veut pas la perdre. Notre existence nous est importante, malgré notre avenir incertain on reste confiant, on en rit, on survit au quotidien, on attend le secours d’en haut: « BonDye sèl ki ka di on mo ». On ose croire un changement.

Tu n’as que vingt-quatre ans, tu n’es qu’à mi-chemin de ton existence, garde espoir, un jour tout ira mieux, tu as toute une vie pour profiter et faire l’équilibre; me dit-on souvent. Mais la vie continue à me jouer des tours, et à m’apporter successivement des maux. Tout ce que j’ai dès ma naissance, ce ne sont que des maux, je n’attends plus rien de beau. Je suis en amour avec la souffrance, parfois elle me tourmente, mais c’est mon amante. Je ne vois du beau que dans la tristesse, je la peins, je la décris, je la ressens. Elle est là, au fond de moi, dans mes sourires, dans mes fous-rires. Elle m’accompagne, fidèle, elle dirige mes pas, ma vie. Ma tristesse est profonde et ses racines sont nombreuses, elle finit toujours par me rattraper. Un problème est suivi d’un autre, c’est le cycle de la vie. On peut beau espérer une meilleure vie, les maux sont certains.

J’ai perdu foi en la vie, j’ai perdu foi en moi. J’avance, dans le doute, je me noie. Mes peurs sont nombreuses, et mon insécurité me conduit. Je me remets en question. Je nettoie ma vie, tous les matins.

Mon amour jadis de la littérature s’enflamme, et je continue bêtement à fuir la réalité pour me réfugier dans un livre. Je dois étudier, je me dois cette réussite. J’ai tenté en vain d’arrêter, c’est plus fort que moi. Ce besoin d’écrire, l’envie d’être seule, rien que moi, mes pensées et ma plume. L’entendre crier des mots entre les lignes d’un cahier, j’accouche mes imaginations. Je raconte mes rêves, je traduis des images. Ce besoin, il me tient même en plein cours ou à une réunion importante. Il me lâche le temps de subir un examen, puis revient. Une phrase, un paragraphe, un mot.  Je me peaufine tous les jours, j’apprends de mes erreurs, je compare mes textes à d’autres écrivains, j’écris dans leurs ombres, je m’inspire de leurs histoires, je puise mes imaginaires, je cherche l’inspiration. J’élimine les ressemblances, et je collecte les dissemblances, je recommence. Je prends un modèle écrivain, je l’imite durant un mois. Je travaille, je progresse. Mon vocabulaire change, mon lexique s’agrandit, je lis, j’écris mes avis sur chaque œuvre, j’efface, je recommence, puis j’efface. Je me culpabilise, je me dis souvent que j’écris trop. Parfois je me sens nulle, mais demain, encore une fois, j’enterre mes pensées.

J’ai tout perdu, c’était sur mon disque dur, mais je recommence. Je ne vois jamais la perte de mes textes comme un échec, mais comme une opportunité de faire mieux. 

Je m’inspire des autres, de leurs histoires, de leurs passions. Je n’ai pas de passion, j’aime beaucoup trop de choses, la vie est trop belle et trop riche pour se limiter à aimer qu’une chose. Il y a tout un monde à découvrir, mon amour pour l’aventure me guide, et je tombe amoureuse tous les jours des choses que je découvre.

Mes goûts changent, ma vie varie. Je varie. Je change, J’aime le changement, ce dernier m’a permis d’être qui je suis aujourd’hui. Qui suis-je?

Je suis Carline, mais on m’appelle Tika. J’ai compris le début de ma vie que maintenant, je ne savais pas qui j’étais, ni ou je devrais aller. Ceci est mon histoire, mais je l’ai su que maintenant. Dans cette salle d’exposition, je regardais l’artiste. C’est ainsi que ma vie platonique a changé.

Je la regardais, sûre d’elle-même, de ce qu’elle est : une peintre.

Elle peint la vie, l’abstrait. Elle peint l’amour, la mort. Elle peint l’insensé, elle lui donne du sens. J’ai vu la vie, elle est belle et cruelle. Elle s’en moque de nos soucis, dont elle est cheffe. J’ai vu la vie, dans ses œuvres imprégnées d’espoir.

La mort, quant à elle. Elle est sombre, grise, terne. Elle est l’abîme, le vent, le vide et semble offrir un repos éternel dont on rejette tous.

Je ne savais pas qui j’étais, mais je veux être elle. Je le sens à ce moment précis. Jeans, t-shirt, basket, elle est simpliste. Elle a l’air forte, et sûre d’elle. Elle semble savoir une chose qui m’est encore inconnue, elle semble maîtriser une chose, sa vie. Elle est concentrée, et peint le monde comme nul autre l’a vu.

Elle me fascinait à chaque coup de pinceau, je touche son tableau, je le sens vivre sous mes doigts. L’odeur fraîche de sa peinture, parcoure mon âme. Son œuvre me fascine, elle aussi. 

Je l’ai regardée. Elle m’a regardée. On s’est regardée. J’ai souri. Elle a souri. J’ai fait une grimace. Elle a souri. On s’est laissée. Je me retourne, elle se concentre à nouveau sur son tableau.

Je devrais lui parler, mais lui dire quoi? Que je me sens elle? Je veux être-elle? Je l’approche? j’ai juste envie de sentir son odeur. Mais je n’ose pas, elle est parfaite, cette fille. Elle est ma version, mais en mieux.

  • Tu l’aimes? Dis une douce voix derrière moi.
  • Ahh, euh, oui, non, je ne sais pas trop. Dis-je, bredouille.
  • C’est aussi mon tableau préféré, je reviens et surtout ne te perds pas. Dit-elle, joviale.

Je réponds avec mon sourire puis je retourne vers le tableau. Je regarde ce cœur brisé, entre la lumière et les ténèbres. On dirait une scission des deux mondes. Je sens mon cœur brisé, partageant ces deux mondes. Ce côté obscur que je ressens tout au fond de moi, qui me retient à chaque fois que je tiens à m’affirmer, à aller vers mon côté lumineux. Je suis ce cœur brisé partageant ces deux mondes, la vie et la mort. Mon envie de vivre puis celle de mourir, leur cohabitation tout au fond de moi. Je la regarde, mon histoire, sur ce tableau. Je me vois vivre puis mourir, je n’ai pas peur de la mort mais de la vie, elle semble si calme et la vie agitée. Je la regarde sourire, au loin, satisfaite de ce tableau qu’elle vient juste de terminer, elle a commencé à partir de rien. À partir des lignes insignifiantes, elle leur donne du sens. Et crée quelque chose de beau, d’abstrait. On lit entre ses œuvres, on lit un tout, on lit un monde.  On applaudit.

Je suis cette fille…

 

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ALPHÉE

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4 commentaires
  1. Réveillé Joselito dit

    Une plume en or tout simplement

  2. Junie M. dit

    Très beau texte félicitations 👏👏👏

  3. Jem dit

    Je crois que ce texte devait etre lu, meme s’il te reste d’autres tableaux a peindre jcrois que celui-là est achevé !
    Laisses les mots t’enivrer de leurs essences ,suis ta quête……

  4. Jem dit

    Je crois que ce texte devait etre lu, meme s’il te reste d’autres tableaux a peindre jcrois que celui-là est achevé !
    Laisses les mots t’enivrer de leurs essences ,suis ta quête……

    C tres profond!

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