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Ave Lucifer

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AVE LUCIFER

Il a fallu

ce sourire malicieux

pour dire l’urgence de ta présence

au centre de mon corps

il a fallu ton empreinte

ton regard lumineux

tes cheveux

ton vice et ton côté solaire

et possible serait encore le monde

possible une main tendue après une chute

possible un papillon-la-saint-jean en décembre

possible le visage familier du voyou

qui se prenait pour un duc

possible ce voyage promis tant désiré

possible le corps ému de la putain

que j’aime tant

sur le ventre heureux

de cet enfant mort l’été dernier

possible aussi cet amour chaste

entre frère et sœur

sans l’œil vertical et pénétrant

de ce prêtre – devenu ridicule –

à la vue du cul d’un enfant de chœur

il a fallu tout ça

ton sourire

tes mains

tes poils pubiens

tes seins ton côté gauche

et ton prénom : Sylphise !

Sylphise de mes désirs

il a fallu tout ce décor brut mais humain

tout ce geste plein de promesse

d’alcôve et d’île imaginaire

toute cette panoplie de bonnes choses

susceptible de dire le chant fugace

des corps amoureux au sanctuaire du vide

qui viendra tuer le désir

la nouvelle sera bonne te dis-je mon amour

si nous tiendrons Dieu

pour une ruse pathétique minable et trop plein

alors les anges seront déchus

et Lucifer immense

la nouvelle sera bonne mon amour

à l’instant où la jouissance de vivre

tuera toute idée de psaumes et de prières

ô ! Mon miracle je te le dis

tout mon corps se masturbe en ton nom sonore

comme les bruissements des citronnelles

sous les pas fragiles du fruit de tes entrailles

que ma semence vienne au secours de ta voix

et à la gloire de ton doux royaume

au commencement

il y avait ton visage

ta présence

tes vulves mes doigts

tes yeux graves ta plainte

et ta bouche à la genèse de mon pénis

me disant : « ce matin mon amour

J’ai baisé avec un mec. Et c’était bien. »

au commencement

il y avait toi

et les autres qui comptaient peu

ô ! Sylphise de mes blessures

aie pitié de mon corps

trop généreux pour être sain

aie pitié de moi mon amour

je ne sais trop

si la terre est ronde ou ovale

si pluton est une planète ou pas

si l’amour est douloureux quand on a seize ans

si les nonnes ont des hormones

si le soleil est brûlant à deux heures

si l’Artibonite est vraiment un fleuve

si le canal du vent est le paradis post mortem des requins

si Préval lui- même sait nager comme il le conseille à son peuple

si des gosses bouffent de la mangue bouillie au Far West du pays

si l’on peut mourir dignement à l’Hôpital Général

ou si Port-au-Prince est obèse

je ne sais pas

je ne connais pas le mystère du triangle des Bermudes

ni la théorie marxiste du progrès social

et encore moins les prouesses d’Aristide et compagnie

pour moi mon amour

Dessalines n’est que Dessalines

Soulouque un con qui croyait en ses conneries

Duvalier un malade qui se croyait Guédé :

« il a dû regarder trop de films le pauvre ! »

la misère c’est le visage de cet ado frêle

regardant la Mercédès du Ministre de la Culture

en panne d’essence aux environs de la Saline

ma Patrie : un mythe pour Romantiques

et le type sur la croix s’il est mort

est mort pour rien parce que je le suis indifférent

que sais-je mon amour

l’histoire est si dense et moi trop petit

trop petit pour saisir l’extase de Saint-Marc

et les baisages à chaque coin de rue à l’annonce de la mort de Somoza

veux-tu

écarte-toi de mes fissures biographiques

le monde est absurde et mon histoire trop vague

pour l’essentiel :

« Papa a vendu pour une étincelle de Marie-Jeanne mon vélo de première communion. Mon premier cadeau (entre le crack, la coke, l’herbe et ses trois gosses ; il te dira : l’herbe, la coke et le crack. Chacun son truc chacun sa vie) J’ai pleuré, beaucoup. Tout un rêve de conquête brisé. Il y a des trucs à ne pas faire à un gosse de neuf ans, je n’ai jamais pu le pardonner à mon père, je ne peux pas. Et depuis j’ai une haine pour tout ce qui me rappelle mon père : Dieu, le Roi, le Dictateur, le Militaire, le Patron, le Viril, le Chef de tribu, le Cardinal, le Prédicateur, le Houngan, le Prêtre mystificateur donneur de leçons, le Prof qui vous emmerde malgré la faim, l’Etat, la Vérité, la Morale, l’Armée, la Patrie et autres idoles majuscules. J’ai vécu mal l’Œdipe !

A quinze ans j’ai tenté le suicide, à dix-sept la folie.

Ma sœur Anne-Rosemie n’a jamais voulu accepter le fait évident que j’ai grandi, j’étais encore ce môme à ses yeux et n’a pas su dire la vérité des choses, du moins mon point de vue des faits, des circonstances : c’est pour ton bien petit frère. C’est pour ton bien! De l’amour, de l’amour me dit-on : sans blague ! Cela va de soi, elle avait une drôle façon d’aimer autrui, genre sado-maso tu vois. Son égo est trop lourd ça m’empêchait de dormir tranquille. On s’aimait. On se détestait. On se pardonnait. On se haïssait à nouveau. C’était comme ça, on ne pouvait s’empêcher cette violence maladive entrer nous-mêmes. Aujourd’hui on ne se parle plus et c’est peut-être mieux.

Sheilla désirait et désire encore mon corps nu et Denise mes yeux.»

Je ne sais rien mon amour

ma seule connaissance, c’est toi :

Sylphise de mes offrandes

aie pitié de mon amour pour toi

aie pitié si mon poème loue Lucifer

de t’avoir créée corps plein de grâce

ma libido est avec toi

femme entre toute les femmes

je ferai de toi

le sujet de ce bonheur possible

je raconterai de toi

des choses plaisantes à la fille au regard pervers

je chanterai l’immensité de ta beauté

aux hommes et aux femmes à qui le corps manque

la nouvelle sera bonne te dis-je mon amour

partout où je dirai ma passion : toi

(je plains ce christ de ne t’avoir pas connue)

à mon retour

je serai là à ta porte

moi poète des climats en ruine

espérant ce désir tien

de ta chair heureuse où le monde est plus vrai

nous serons deux ou peut-être plus

à brûler nos corps à d’autres corps

à évaluer le risque d’aimer autrement

dans ce bas-monde sans trop de couleur

Ave Lucifer mon amour

notre évangile sera de vin de pain de crémasse et de bonbon-couleuvre

je te le conjure

Sylphise de mes enfers

Libellule Monplaisir m’a violemment conquis avec son sexe lesbien

et Mimerose m’a tatoué de ses ongles sur une plage à Jacmel

nous serons deux, trois, quatre

ou peut-être plusieurs à la renaissance de Sodome

et à la mort de Dieu

prenez garde mes amours

prenez garde mes amis aux promesses de l’Homme-de-bien

dépositaire du silence et de l’encens

prenez garde vous dis-je

le côté droit du monde est un chant de sirène

son côté gauche un interdit

prenez garde

ce qui reste :

c’est ce regard impuissant des gens têtus

c’est cette force de se regarder et de se mettre à nu

c’est cette force de dire Moi malgré les peurs malgré tout

cette force de dire la bonté du coït et le choix d’être humain.

                         Max Junior Raymond 

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6 commentaires
  1. Max dit

    Merci!

  2. Max dit

    Merci

  3. Claudine dit

    Wow! Bèl kout plim. Tout sak ki fè ekriven moun li ye jodiya chita nan tèks la.

  4. Sofia myrtil dit

    Belle plume!!

  5. Jowan dit

    Max, ou wete mo nan bouch mwen ! Li le pou m genyen w nan bibliyotek mwen !

  6. Ovincy dit

    Félicitations pour toi mon frère !

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