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Une, deux et trois…

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Une, deux et trois… Les gouttes n’en finissaient pas. Elles se répétaient telle une suite logique. Elles tombaient sur l’asphalte qui s’en abreuvait, s’en régalait… Et elles disparaissaient presque après leur chute sur le béton noir, tant elles étaient rougeâtres. Un peu plus loin, à quelques kilomètres des premières gouttes, un homme ou peut-être un garçon se tenait le ventre. Entre ses doigts s’échappaient son sang, son âme, son histoire…

Une, deux et trois… Les gouttes rougeâtres n’en finissaient pas. Les jambes fatiguées de l’homme ou peut-être du garçon ne semblaient plus vouloir le porter. Ses pas étaient lourds. Ses yeux pleuraient. Ils exprimaient une peur morbide. La peur de sentir la vie qui le quittait. Chacune de ses inspirations étaient plus profonde que la précédente. Il luttait pour retenir son souffle. Car il le sentait, il savait qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps.

Une, deux et trois… Les gouttes de sang rougeâtres n’en finissaient pas. La nuit observait cet homme ou peut-être ce garçon qui tâtonnait et portait sa blessure comme un fardeau. Elle voyait ses faiblesses, ses non-dits, ses remords… Elle savait qu’il se sentait perdu. Seul… Elle voulut se faire bras pour qu’il s’y jette. Épaule pour qu’il y pleure. Mais honteuse, elle le fuyait et se cachait de lui. Car elle pour qui rien n’était mystère, ignorait qui était cet homme ou peut-être ce garçon. Elle ne connaissait pas l’histoire derrière les gouttes de son sang qui maculait l’asphalte sur des kilomètres, ni elle ne savait quel mystère cachait les dreadlocks qu’il portait. Peut-être l’avait-elle connu. Peut-être même savait elle exactement quand il a fait ses premiers pas ou peut-être avait-il pleuré son premier chagrin d’amour sur ses épaules… Mais elle l’avait oublié comme on oublie un paria, un démuni, un rejeté de la société…

Une, deux et trois… Les gouttes de sang rougeâtres d’un homme ou peut-être d’un garçon à la peau noir n’en finissaient. La nuit était d’un noir d’encre. L’homme ou peut-être le garçon marchait d’un pas lourd. La mort le suivait. Il tomba plusieurs fois mais eut le courage de toujours se relever malgré ses forces qui l’abandonnaient. Il pleurait. Il n’en pouvait plus, mais il se devait de tenir bon encore quelques minutes. Il y était presque.

Une, deux et trois… Les gouttes de sang rougeâtres d’un homme à la peau noir et au visage d’un enfant n’en finissaient pas. Il mourrait. Il s’arrêta enfin devant une porte sur laquelle il tapa aussi fort qu’il le put. Celle-ci s’ouvrit presqu’immédiatement. L’homme au visage d’enfant tomba dans les bras d’une femme. ‘’Mère’’ chuchota-t-il. Les beaux yeux qui pleuraient, la bouche qui criait, le visage de sa mère penché sur lui rendirent sa mort plus légère. Il l’abandonna. Elle le pleurait. Ils étaient là tous les deux. Lui dans son sang. Elle avec son chagrin.

Les étoiles et la lune cachèrent leur peine derrière de lourds nuages gris. Les gouttes de sang rougeâtres peignaient avec l’homme au visage d’enfant et sa mère le tableau macabre de Port-au-Prince. Port-au-Prince, cette ville au décor funèbre. Port-au-Prince, ce miroir cassé aux milles reflets d’hommes assassinés. Une, deux et trois… Il pleuvait des larmes. La nuit pleurait un homme. Un inconnu. Elle pleurait une histoire qui sera vite oubliée. Une affaire qui devra être étouffée…

Retiste Vanessa Bien-Aimé

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1 commentaire
  1. Leysha Claendjie Kimara Jeune dit

    J’adore trop ce texte. Mélancolique, comme je les aime?

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