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Le regard des gens

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Le regard des gens

À l’aube, la lueur du jour s’annonce bien avec le chant du coq . Une légère brise invita les rideaux à une valse matinale. La nature sourit aux chants des oiseaux. La symphonie parfaite pour égayer mon réveil.  À peine le nez dehors, je me sens déjà menacé. Menacé d’être vu. D’être remarqué. Je n’y peux rien car ma plus grande phobie reste et demeure le regard des gens.

Le combat sans pitié que je livre au quotidien avec ces détracteurs me laisse toujours vaincu. A la croisée de leurs yeux, ils me déshabillaient pour me vêtir de la tunique d’un préjugé. Hautains, ces points oculaires me condamnaient au supplice de la roue. A chaque coin des rues, dans le transport public, à la fac et même à l’église, je subissais le poids de leur regard. Des yeux ne pouvant mentir sur le dégoût que je pouvais leur susciter. Je vivais dans le désarroi vu le calvaire qu’ils m’imposaient. Mes journées s’assombrissent sous les pluies d’insultes qui me venaient de tout part.

Pour survivre, je feignais de ne pas m’apercevoir du mépris des gens. Je me contentais de passer ma route en faisant le sourd. Pour la gente féminine, Je me soumettais à l’influence de leur caprice afin de me faire accepter.  Elles eurent pitié du Clown que je faisais en les racontant des anecdotes à la faveur de leurs belles dents. Aussi insignifiant que j’étais, elles m’écoutaient tout en me gratifiant d’un sourire assez factice.  Leur indifférence me menait à bout. Je n’arriverais jamais à leur montrer que tout au fond du vieux crapaud pour lequel elle me prenait se cachait un prince charmant.

Nombre de miroir brisé sur le feu de ma colère. Des journées entières, emprisonné dans ma chambre ne faisant que m’apitoyer sur mon sort. Je n’étais que l’ombre de moi-même. La solitude restait mon dernier rempart. Dire que j’avais une famille sur qui compter. Avec des parents me reprochant à tort et à travers de ne pas être à la hauteur de leurs attentes comme si j’étais coupable d’être né.  Je portais en moi une grande obstination à effectuer un changement radical de ma personne. Méchant avec les méchants, brutes avec les brutes et méfiant malgré moi avec les doux. Solvant, je prenais la forme du récipient qu’on m’imposait. L’opprimé se mettait dans la peau de ses géniteurs. Tout ceci pour masquer toute la douleur qu’on m’infligeait.

La consultation d’un psy ne serait pas nécessaire pour savoir à quel point j’étais blessé dans mon amour-propre. La risée de tous, j’étais toujours sujet à bien nombres d’insultes. De moqueries. De leurs langues de vipères, ils me crachaient leur venin à la face. J’étais toujours la cible préférée de plaisanteries de tout genre. Celui qui était toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Je pleure, je souffre; Je meurs, je m’étouffe. Que c’est dur de vivre sans pouvoir exister aux yeux des autres. 

Pourquoi m’infliger ce traitement odieux? Qu’ai-je fait de mal pour mériter ce châtiment?

Suis-je vraiment anormal? Si ce n’est pas le cas alors dites-moi depuis quand l’obésité était considérée comme un péché? Par tous les saints! Veuillez me dire depuis quand!

 

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Luc DUFRESNE 

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