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Une belle jeune vieille

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Hier, j’ai vu les fleurs s’étalées sur la terrasse de mon balcon, de façon à former un merveilleux tapis brillant, qui serait digne d’accompagner le poids de la marche gracieuse d’une Reine vers son trône.  Ce matin, je me suis dirigé vers ces petites merveilles, qui avaient tant émerveillé ma journée. Vierges comme tes dents, elles copiaient d’une certaine manière, l’aspect que tu laisses apparaître lorsque tes lèvres aiguisées, entre-ouvertes, sous la lumière du soleil, dévoilent la splendeur immaculée de tes bijoux blancs…

Ma joie fut passagère et éteinte d’un coup, lorsque je contemplais amèrement le spectacle qu’offrait mon balcon mettant en vedette la mort, errant par ci par là pour dévorer ne serait-ce que le dernier pétale. Je suis venu trop tard, stupéfait en regardant figé, ces derniers qui ont tout perdu, et comme compensation à leur départ tragique, il ne me restait plus qu’à faire le ménage silencieux en dernier hommage. Alors je tins d’une main froide et triste, mon balai prêt à vider la place qu’occupaient ces feux beautés, dans l’espoir d’en voir d’autres.

Et soudain apparut une peur. J’ai su la reconnaître car elle m’était familière, ce fut celle qui luisait dans les yeux de la femme qui voyait son mari s’éloigner malgré lui. Celle qui n’avait plus le courage de regarder dans le miroir, son visage tatoué par le temps, son âme meurtrie de voir l’homme qu’elle a su dompter jusqu’à ce jour, s’enfuir. Celle qui, dorénavant ne connaîtra qu’une saison, l’hiver; et qui s’évade la nuit, dans ses souvenirs essayant de ressusciter la chaleur des mots de son homme.

Sa plus grande peur n’était pas de perdre son homme, mais était de vivre la prophétie que lui avait annoncé sa mère, le jour où, vêtue de blanc comme le veut la coutume, devant ce miroir témoin de sa beauté sauvage et de son arrogance lui chuchota à l’oreille : « Prends garde à toi, ma fille, si tu t’aimes, car cette beauté que tu vénères tant ne saurait être éternelle. De tes yeux trempés de regrets tu le comprendras à l’instant même où la faiblesse aura gagné ton corps, et que la folie divorcera d’avec ton esprit pour laisser le temps à la sensibilité de s’installer à son aise dans ton âme vide. Ce sera le début de la Fin! »

 

 

Mérilien Néhémie Samuel (MNS Inspiration)

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3 commentaires
  1. Vanessa Bien-Aimé Retiste dit

    En fait je ne sais trop quoi en dire de ce texte. Les vérités et la beauté qui s’en dégagent sont d’une sensibilité et d’une férocité qui me laisse sans voix. Les mots, le rythme. Tout. Tout est sublime. Bravo.

  2. #MNS INSPIRATION dit

    Merci beaucoup!

  3. Ninotchkar Chery dit

    Félicitations !!!
    Je suis restée là figée à l’écran, je ne voulais pas que ça finisse, j’ai pris plaisir à lire le premier jusqu’au dernier mot.
    Merci de m’avoir fait goûté des fruits de ta plume, tu l’as bien arrosé, avec fierté, récoltes-en les fruits.?

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