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Tambour Lourd

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Il n’y a de danse qui n’élève les linteaux des cieux !

Il n’y a de dieux ivrognes qui ne guinchent à l’étourdissement au son des roulements de reins de la vieille Serra Valancourt, lorsque celle-ci prend son pied au galop sur le corps robuste de Richard. Pauvre Valancourt, qui au printemps de sa vie a batifolé les plus belles fleurs de saison. Aujourd’hui, il apprend ce qu’hier ne lui a pas chuchoté aux creux des reins, à 67 ans, à peine âgé de deux ans de plus que sa compagne de vie, sa verge ne peut plus alimenter le feu jusqu’à l’honorable consumation de madame. Scandale! Scandale! Serra s’en va se ressourcer à la source jouvancelle de Richard qui a un faible penchant pour les dames âgées et fortes, dont le pays bas n’est qu’une balade dans la belle antiquité, l’époque dans laquelle il n’a jamais vécu.

Serra est la terre non promise de Richard, le saint Canaan ou coule miel et lait à odeur de cyprine. Le saint Graal non conquis qui trouve grâce à ses yeux, jamais de femme de plus de moitié siècle l’a autant chaviré, qu’il s’est cru, fait marabouté. Les critiques inlassablement proférés envers leur relation qui n’échappe pas aux regards, ne les arrêtent pas, surtout pas. Serra femme qu’elle est, se voit traitée avec mépris et arrogance. Après toutes ses années d’union avec Valancourt, elle ose franchir les limites du rationnel. Scandale ! Scandale ! Surtout lorsque débarque toute sa famille penaude, honteuse, et prête à la remettre sur les voies de la raison. Pourtant le sujet étant sensible, seule sa petite-fille commence la partie en décidant de jouer carte sur table après des salutations non chaleureuses. Serra étant assise près de son mari, attendant patiemment le début de la séance de sa condamnation radicale.

  • -Mama, tu sais déjà pourquoi nous sommes tous là, pas besoin de tourner autour du pot et de brosser le sujet, pourquoi cette discorde entre papi et toi, qu’est ce qui t’arrive Mama ?

Aussi calme qu’une tempête qui prend naissance, Serra les regarda l’un après l’autre puis attarda ses yeux noisettes d’un regard moqueur sur sa petite fille. 

  • -Ce qui m’arrive me demandes-tu, eh bien ma fille c’est que j’ai commencé à vivre y a de cela quelques mois.

Perplexe, son fils aîné releva la tête subitement.

  • -Ne vous ai-je donc pas dit qu’elle a complètement perdu la boule? Elle vieillit et sa mémoire s’use avec elle voilà donc le virus qui s’imprègne dans les méninges de notre mère.
  • -Michaël, je me disais que la vie à sa manière t’apprendrait bien que l’arrogance n’a jamais mené nulle part mon fils. Je suis née et j’ai grandi à une époque où la vie ne s’est résumée qu’à un cycle et exister ne voudrait dire autre que suivre le parcours de ce cycle. L’homme naît, respire, se nourrit, grandit, se reproduit et meurt! C’est le principe même de l’existentialisme qu’on nous a tous appris, mais qu’en est-il de l’être en soi? De ce qu’il vit? Ce qu’il ressent? Ses joies? Ses peurs? Ses erreurs? Sa souffrance? Ce qu’il a été et ce qu’il devient? Pourtant, nous ne sommes pas des machines notre passage sur terre inclue tout aussi bien les six principes fondamentaux du corps matériel que ceux de l’âme!
  • -Mama, reprit sa petite-fille, ça n’explique toujours pas pourquoi aujourd’hui la réputation de notre famille ainsi que la tienne se trouve être tachée à cause de cette liaison que tu entretiens!
  • -Parce que j’existe, je vis et je suis heureuse! Les gens ne veulent pas nous savoir heureux, le bonheur je doute que vous sachez ce que donc est-ce. Nous existons chacun parce qu’un jour on est né et depuis on respire, on se nourrit, on grandit, tu es fiancée et bientôt tu vas fonder ta famille, et au delà de ces obligations peu d’entre nous ne vive. J’avais 20 ans lorsque je me suis mariée avec ton grand-père, je n’ai pas eu ta chance de connaître, ce que j’appelle les symptômes de l’amour, mes parents à moi l’avaient choisi et je devrais me plier à leur volonté, même après avoir mis au monde mes enfants, je ne me suis pas sentie aimée, ni sentie ce souffle de vie qui nous fait déborder d’énergie. Ton papi ne m’a pas apprise à l’aimer, lui c’est un homme et il avait droit à aller voir ailleurs pendant que je mourrais d’envie de vivre, vivre ne serait ce que pour quelqu’un.

Valancourt suait dans son silence. Il se demandait sûrement pourquoi n’avait-il pas toujours su ce qu’il fallait faire, pourquoi ne l’avait-il jamais regardé d’un nouveau regard. Ce n’est lorsque Serra filait entre ses doigts comme les dunes de sable fin d’un rivage caraïbéen, que pour la première fois il la voyait belle, que les rides qui se dessinaient sur son visage oval n’enlevaient pas son incroyable beauté. Ce n’est que lorsqu’il apprit que son rival pouvait être son petit-fils qu’il s’était mis à s’y intéresser, ce jour là même, qu’il s’en était aperçu des courbes généreuses et des formes proéminentes de la belle Serra, de sa force, de sa joie.

Leur dernière fille qui jusque là ne faisait que pianoter sur l’écran de son portable, parla d’une voix calme:

  • -Cet évangile me déçoit!
  • -Pourtant je t’ai vue, comme ton père, sauter de fleurs en fleurs alors que vous aviez votre propre jardin, cela ne vous a-t-il donc pas déçu?
  • -C’est immoral point! Au moins Nous, on s’en tient à des personnes de notre âge, mais toi, nous savons tous que tu aurais pu me porter durant 9 mois comme nous autre!
  • -C’est donc cela le problème?
  • -Comment peux-tu t’amouracher d’un enfant?

Un silence lourd et pesant s’installa puis Serra se leva et se dirigea à sa chambre sans plus rien ajouter. Elle s’allongea et admirait le plafond dans lequel de petites étoiles phosphorescentes étaient suspendues. Cette chambre tout comme elle, avait changé au fil des années. La porte s’ouvrit et se referma sur sa petite-fille.

  • -On va tous rentrer!
  • -J’étais contente de te voir ma chérie!
  • -Je ne t’en veux pas Mama!
  • -Pourquoi devrais-tu m’en vouloir d’ailleurs?
  • -Je ne sais pas, peut-être parce que c’est immoral comme l’a dit si bien Rebecca!
  • -Je ne veux pas savoir ce qu’est immoral ou moral de ton point de vue. Il s’appelle Richard et il a 25 ans, il fait plus jeune que son âge c’est vrai. Il aurait pu être mon fils même mon petit-fils mais ce n’est pas un enfant donc il n’y a rien d’immoral.
  • -Pourquoi lui?

Serra sourit et lui fait signe de la rejoindre sur le lit.

  • -Je me pose cette question depuis six mois et la réponse je l’ai enfin eu ce matin. Avec Richard je peux redevenir un enfant, une adolescente, une jeune dame quand je le veux. N’est-ce pas pour cela les hommes vieux comme ton père, aiment bien les jouvencelles? C’est pour un détour vers leur jeunesse qu’ils n’ont pas assez profité.
  • -Tu as l’air vraiment heureuse avec lui!
  • -J’apprends à vivre un peu tard! Le bonheur s’il n’est pas partagé n’existe pas, et j’ai compris que trop tard ton papi et moi n’avions jamais été heureux ne serait-ce qu’une fois dans notre vie, on aurait pu si on avait essayé mais on ne l’a pas fait. Il avait trop de chat à fouetter et j’étais trop occupée à prendre soin de ton père.

            -Je n’arrive pas à croire qu’à soixante ans environ que tu… enfin. Tu…tu vois ce que je veux dire?

Serra éclata dans un rire sonore. À l’entendre on croirait que toute la république s’est pliée à ses plus extravagants fantasmes.

  • -Ma fille, n’as-tu jamais entendu dire que les femmes à quarante ans sont de véritables boules de feu? Imagine donc à soixante ans? C’est toute la Russie qui s’enflamme! Et il nous faudrait tous les continents pour nous porter secours. C’est comme ça que je me sens, je ne m’éteins pas, juste une petite braise et je m’allume!
  • -Hou la la! Mama!

Elles éclatèrent de rire de plus belle.

  • -Ne te marie pas à 20 ans si à 40 ans tout se fâne et qu’à mon âge il n’existe plus rien! C’est difficile, il se pourrait qu’à cet âge, ton mari ne peut plus faire bouger son zizi parce qu’il aura trop fonctionné, mais crois-moi si à cet âge où vos enfants vous quittent et que vous ne pouvez plus faire exploser la maison sous vos cris ça sert à quoi d’être ensemble? Sois tout se meurt soit explose un autre scandale!
  • -Je t’aime mama!

Richard c’est l’exil demandé, l’exil attendu, l’exil tant voulu quand la patrie est désséchée, sans âme qui vive, sans pluie qui tombe et sans rivière qui coule. La vie est partout en lui sauf ici.

 

 

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