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Révérend, ma femme ne veut pas coucher avec moi

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  • -Révérend, nous n’avons pas seulement besoin de prière, nous avons besoin de conseil. Cela fait des mois que ma femme et moi n’avions pas couché ensemble..

Pasteur Dieusilhom entamait de la plus belle des manières sa journée. Une chaleur de jungle prenait la petite pièce du presbytère d’assauts et les pauvres petites pâles du ventilateur chuintant attaché au plafond n’arrivaient à chasser tout cet air asphyxiant. Le pasteur Dieusilhom, un homme dans la quarantaine, barbes fournies avec des stries grisonnantes semblait être un de ces hommes qui ne vieillissent pas. Il gardait une telle fraicheur physique qu’on aurait pu facilement lui donner vingt-cinq ans mis à part son crâne chauve qui portait préjudice à son élégance juvénile. Il avait les yeux intelligents et une bouche noire bien tracée. Ses lèvres portaient des séquelles de traces de nicotine, et une partie sombre de sa propre vie semblait être à tout jamais marquée sur son visage. Ce qui constituait pour lui un beau témoignage. Tout le monde peut changer de vie selon les circonstances et il n’a jamais regretté d’avoir accepté cette vie de sainteté contre sa vie de débauche antérieure.

Il avait, assis de l’autre côté de son bureau à droite et à gauche, deux jeunes qu’il admirait particulièrement dans son assemblée. C’était des jeunes qu’il avait pris soin d’élever selon les principes rigoureuses de la bible. Ils étaient devenus ainsi de fiers chrétiens authentiques remplissant leurs devoirs de frères et de sœurs et la mission que leurs seigneurs leur avait donnée. Il n’avait pas plus de huit mois qu’ils les avaient mariés, ici, devant l’autel. Nul ne saurait dire comment il était fier de voir ces deux plus ardus fidèles entrer dans le lien du mariage. Il y voyait un signe  du ciel. Une œuvre divine qui voulait que son travail soit uniforme et contenu dans un seul couple. Il était rare de voir des jeunes aussi dévoués et zélés.

Comme à l’accoutumée, tous les jeudis étaient réservés aux problèmes conjugaux et jusqu’à présent il n’avait rencontré que des cas véniels. Cela se terminait toujours par une prière et des promesses de changement. Il était fier de lui, fier que ces fidèles puissent mettre en pratique ses conseils, fiers d’avoir autant de mariages réussis dans son assemblée.

  • -Révérend, ma femme ne veut plus coucher avec moi et ceci depuis la nuit de notre mariage.
  • -Insinuez-vous mes enfants que votre mariage n’a pas été, jusqu’ici, consommé demanda le révérend en fronçant ses sourcils d’étonnement.
  • -Révérend, depuis la nuit de notre de lune de miel, ma femme est rentrée dans une saison de prière qui commence à trop durer. Une consécration m’a-t-elle dit. Indéterminée. Au début, je croyais que c’était la volonté divine mais là maintenant je commence à croire que c’est fait exprès. Ma femme ne veut pas que je la touche.

Le révérend tourna alors son regard vers la femme qui jusqu’ici contemplait ses mains sans rien dire. Elle semblait être un ange égaré sur terre et ne savait comment trouver le chemin pour aller au paradis. Un ange pris de la plus belle des façons au piège d’un monde sadique.

  • -Ma fille, est-ce vrai ce que dit ton mari ?
  • -Révérend, mon mari a raison.
  • -Mais je ne comprends pas, continua Dieusilhom. Tu es dans ton parfait droit maintenant de faire l’amour, de connaitre les passions charnelles. Le mariage, c’est la récompense que Dieu t’a offerte pour tes années à fuir les voluptés sexuelles. Tu devrais considérer cela comme un grand cadeau.
  • -Révérend, mon corps est le temple du Saint-Esprit, de Dieu, il est sacré.
  • -Je sais, je sais ma fille, mais Dieu a aussi dit que le corps de la femme appartient à son mari et le corps du mari appartient à la femme.
  • -Bien dit pasteur, éructa le mari, c’est le verset que je lui cite tous les soirs avant qu’on aille dormir.

Le pasteur jeta un regard menaçant au jeune trop débordant, qui venait de le couper dans ses paroles. Celui-ci se ratatina aussitôt dans son fauteuil, comme un chien apeuré. Même avant d’avoir connu le Christ, il avait le caractère de s’imposer d’un seul regard. Ce qui lui a valu bien du respect, il était craint de tous les jeunots de l’église.

  • -Ton corps, ma fille, appartient à frère Claudin continua-t-il en arrangeant avec délicatesse sa cravate, il a le droit de le réclamer comme le seigneur te le réclame en ce moment.
  • -Je sais tout cela mon révérend, mais Dieu veut encore tenir ma chair avant que celle-ci s’unit  à tout jamais avec celle  d’un homme, c’est important.
  • -Tu parles comme si il n’a jamais été ton mari. Dis-moi, quel est le vrai problème ?

Il y eut un silence, où l’on entendait que le cri grinçant du ventilateur qui essayait, tant bien que mal, d’égayer la pièce. Le prénommé Frère Claudin semblait vouloir en finir avec cette histoire au plus vite. Il ne pouvait plus supporter sa famille qui le harcelait pour un enfant. Ils commençaient à croire que sa femme était stérile et que son Dieu ne lui avait donné qu’ingratitude en retour. On pouvait sentir dans son aura, la cumule de toute une vie d’abstinence. Une bombe à retardement libidineuse qui risquait d’exploser à tout moment et de consumer non seulement le frère mais une partie de sa communauté. Il aurait pu se livrer ses membres facilement à une autre femme, d’ailleurs cette idée lui ménageait l’esprit depuis quelque temps. Mais il se rappelait de sa promesse devant l’autel et se dit que sa femme et son intégrité religieuse ne méritait pas cela. Outre ce petit tracas d’entente sexuelle, il n’avait rien à reprocher à sa femme sinon d’être tout le temps cette femme de Dieu. Il fallait qu’elle comprenne maintenant, qu’elle avait plus que Dieu pour la protéger. La soupçonna-t-il d’adultère ? L’idée lui avait effleuré l’esprit, il avait de grosse suspicion sur son témoin de mariage qui leur rendait visite tous les jours. Parfois, il rentrait du travail et le trouvait dans le salon, en train de dévaliser tout le contenu de leurs frigos. Cela ne l’avait jamais dérangé, jusqu’à maintenant. Plus il pensait à cette possibilité, plus cela devenait évidente.

  • -Ma fille, laisse-moi te dire, j’ai été là lorsque, enfant, tu avais pris la décision de toujours rester avec le seigneur. Je t’ai accompagné dans toutes les étapes de ta vie. Je t’ai conseillé, je t’ai imposé les mains. Pas une fois, tu n’as été oublié dans mes prières. Je savais que tu aurais un grand combat à mener. Dieu me l’avait montré. Laisse-moi te dire que si tu es parvenue à accomplir tout ceci, c’est parce que tu es aimée de -Dieu et qu’il te bénit. Tu ne le trahiras point, si tu décides de donner une chance cette fois-ci à ton mariage et à ton mari. Dieu, en ce moment, agit à travers ton mari. Alors, il n’est plus le temps pour les prières et les jeûnes, il est venu le temps où tu dois jouir du fruit de tes jours sacerdotaux. Alors donne une chan…
  • -Mon mari, s’il est un as de la prière, n’est pas du tout doué pour parler aux femmes et faire convenablement sa demande coupa-t-elle subitement.

Hébété, le révérend se cala encore plus dans son fauteuil et reporta toute son attention sur Carla, cette jeune femme tendre qu’il avait fini par considérer comme sa propre fille. Contrairement aux clichés fournis par la société, Carla ne faisait pas partie de ces jeunes chrétiens à la caboche vide et la tête pleine de fantaisies religieuses. D’ailleurs, elle avait été dans l’une des écoles les plus prestigieuses du pays. Quoique des problèmes familiaux et économiques ne lui ont pas permis de faire des études plus poussées. Elle était très belle et l’objet de désir de tout homme qui comptait se procurer une femme de qualité. Voilà que maintenant, elle ne comprenait pas pourquoi Carla avait des idées aussi absurdes et saugrenues.

  • -Mon mari n’est bon qu’à prier mais au lit, il se croit tout permettre et ne sait pas respecter la décision d’une femme qui se veut encore pendant quelque temps pour son seigneur. C’est un homme qui manque de patience et s’énerve facilement. Dieu seul sait comment la colère de mon mari puisse prendre des proportions énormes. Tu n’as pas idée révérend.
  • -Je suppose que c’est la raison pour laquelle nous vivons maintenant avec notre témoin de noce. Je le vois tous les jours quand je rentre du travail. C’est parce qu’il communique mieux que moi ? Ou peut-être, ne fait-il pas que prier.
  • -Arrête de dire des sottises homme répliqua alors Sr Carla. Je t’interdis de douter de moi.
  • -Ce que je ne comprends toujours pas ma chère Carla renchérit le révérend, pourquoi me refuses-tu encore l’accès au fond de ta pensée ? Je te connais depuis ta tendre enfance et je sais quand tu caches quelque chose. Dans tes yeux, je vois un mélange de frayeur, d’indécision et de chagrin. Qu’est-ce-que tu caches ? N’aie pas peur, de me parler de ta frayeur.
  • -Révérend, je dois te confier que ce que j’ai dans les pantalons n’est en aucun cas un sujet de frayeur s’immisça encore une fois le frère Claudin. Révérend, j’ai le bon diamètre et le bon centimètre. Il n’y a pas de quoi pour effrayer une mouche.

Tous les regards furent fixés sur le jeune homme qui venait de se livrer nu entre les mains de son berger, avec une dose d’incontinence osée. Le pasteur tourna ensuite les yeux vers la femme pour lui demander si elle avait peur de l’envergure phallique de son compagnon.

  • Ce n’est pas un sujet de peur, ce qu’il a entre ses jambes. Le problème c’est moi mon révérend. Dieu me demande de lui consacrer des jours, je dois purger, alors, que mon mari use un peu de patience comme il l’a si bien fait lorsqu’il me courtisait.
  • -Mais dis-moi, Carla, qu’est-ce-que tu nous caches demanda alors le frère Claudin. Tu sais que je t’aime fort et que je peux accepter toutes les choses qui peuvent nous arriver. Car les liens qui nous unissent sont plus forts que les orages de la vie. Fais-moi part de tes soucis ma chérie, mon cœur souffre à cause de cela. Si j’étais un homme qui ne savait pas comment exprimer ses désirs alors je vais changer, je vais devenir cet homme patient, aimant, doux et romantique que tu veux de moi. Pourquoi vouloir expier si tu n’as rien fait de mal ? Qu’as-tu fait de si grave qui pourrait mettre l’avenir de notre couple en jeu ?

Le pasteur Dieusilhom suivait les confidences sans dire un mot, il voulait en finir avec cette affaire parce qu’il avait d’autre cas à entendre. Il se tourna alors vers Carla qui resplendissait sous la lumière des néons de la pièce. Celle-ci releva la tête et ses yeux étaient embués de larmes. L’âme de cette petite était ravagée par un calvaire noir de douleur. Elle eut un instant de silence, on pouvait entendre la respiration rauque de Carla, elle semblait prête enfin à passer aux aveux. Le pasteur lui encourageait de la tête. Carla, cette femme tendre, taciturne et belle gosse, pris une profonde inspiration. Dans cette inspiration, elle puisait toute la force dont elle aurait voulu avoir pour faire face à sa vérité. Une vérité qui risquait d’avoir de grands remous sur sa vie. Pourquoi pas après tout ? Elle n’avait plus envie de se flageller dans les prières ternes et les alléluias creux, tellement creux qu’elle avait l’impression que Satan en avait fait des parachutes pour atterrir en douceur dans ses desseins. Dieu est pardon, peu importe le mal qu’on a fait mais elle n’était pas sure que les hommes, eux, créés à son image, n’étaient pas enclin à cette prouesse. Elle expira, elle trembla de tout son corps puis commença :

  • -C’est que…en fait…  cela fait… depuis pas mal de temps, il y a ce désir qui taraude ma chair au point que cela devient incontrôlable. Toutes mes prières et mes jeûnes semblaient ne rien faire contre ce désir malsain. Cette chose que Dieu prenait en horreur. Cela fait quelque temps que cela se manifestait mais j’ai tant bien que mal pu le contenir mais cette fois-ci, après avoir rencontré cette personne, je me sentais faiblir dans ma chair et dans mon esprit. J’ai fantasmé des jours et des nuits durant. Langoureux, avides de son corps, mon mari ne comptait pas, ne comptait plus même si il n’a jamais compté. (il eut un grommellement dans la pièce et des chaises grincèrent au sol). Alors pour écarter de mon corps ce démon, cette pensée abominable, je me suis permis le droit de prier sans cesse. Car toi-même, révérend m’avais dit que la prière peut faire cesser toute tentation. J’ai prié, j’ai jeûné, mais la sensation restait immuable. Collée dans ma chair, vivant dans mes fantasmes, inscrit dans mes gènes. Révérend, je ne peux plus me retenir et je ne veux pas tromper mon mari. Notre parrain de noce passait souvent à la maison parce que je me sentais désemparée et seul lui pouvait comprendre ce désir sans me juger. Je n’ai pas couché avec lui. Il faut que je t’avoue, le corps de mon mari ne m’a jamais intéressé. Pour dire convenablement la chose, le corps d’aucun homme ne m’avait jamais intéressé. Je savais ce que j’étais et la teneur sauvage de ce pourquoi je brulais. J’ai cherché le cure dans les prières, les veillées de nuit, mais dès que je l’avais croisée, j’ai tout de suite su que tous mes efforts ont été vains. Révérend, je n’ai d’yeux que pour cette femme, ma collègue d’évangélisation, ma meilleure amie. C’est elle que mon corps désire dans un lit. C’est un péché abominable. Je n’aurais pas peur de brûler en enfer rien que pour elle… puisque je brûle déjà à l’intérieur.

 

Lire aussi>>Hélas, je meurs ! 

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3 commentaires
  1. Tessa dit

    Loll !! Je pensais que c’était le parrain et non une autre femme !

  2. Nolexta Sumaya Castel dit

    Je suis tombée de haut. Continue à prier soeur Carla…lolll!!!

  3. […] Lire aussi>> Révérend, ma femme ne veut pas coucher avec moi […]

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