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Mon enfant naitra

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Mon enfant naitra

Face à cette ville endormie. Je marche au beau milieu de la rue Monseigneur Guilloux, les pavés sales deviennent le miroir des âmes. Mon âme pleinement souffrante avance. Mon sang coule jusqu’à tacheter ma robe. Je porte en mon sein un bébé. Le silence des autres l’inquiète. Il est terrorisé par l’air port-au-princien. La maternité est encore loin. Mon bébé s’agite. C’est mon heure, dit-il au fond de moi.

Port-au-Prince, cité de la mélancolie. Cité du drame, cité de la terreur. La vie est partie sur les ailes de la mort, elle s’envole avec la tyrannie, avec le sang des innocents. Forte, invincible, allure guerrière. La mort approche. Elle nous enveloppe. Aspire la vie en nous. Prends sa place. On est tous mort.

Brûler la vie comme nos adelphes à bel-air. La massacrer, comme ces cinq policiers. Tels sont ses objectifs. La vie, une soumise, se laisse bercer par son chant funeste. La chambre à air de la roue arrière l’a trahi. Elle est prête à décoller. Faire son grand voyage.

La liberté est prête à venir au monde. Sommes-nous prêt.es? De son ouïe fine, elle capte les signaux éoliens.

Je regarde le foehn emporter l’espoir. Il est parti, la pestilence de notre mal, la fragrance de la misère montent jusqu’à m’étouffer.

J’avance dans la rue de l’épouvante. Je crie au secours. Personne ne m’écoute. Écartement. Déchirure. Le liquide coule entre mes cuisses. Je touche mon sang, je tremble de peur. Mon bébé, est-il mort ? Je crie.
Les autres sont là, ils me regardent sans me voir, ils suivent la mort. Son passage.

Je sens mon enfant. Je sens en lui une force capable d’insuffler demain; de rayer une sclérose d’imagination. Aujourd’hui, sera un passé vaporeux. Qu’as-tu fait pour demain ? Demain, quand liberté sera.

Je suis la voix des morts, je suis la voix de leur « je m’en foutisme ». Je suis la voix des victimes. Je suis celle de la peur. Je la porte. Je suis la voix de justice. Je suis la voix d’après. Je suis mère.

Couchée devant la maternité de l’hueh. J’accueille la contraction. Meurtrie par la mort. Le soleil est là, mais il fait nuit. Il fait nuit dans nos cœurs, il fait nuit en nous. Le ciel me montre sa nudité, je lève ma main pour toucher demain.

Mon enfant naîtra, dis-je d’une voix agonique. Avant de sombrer dans le coma. Je ne suis plus. Mon enfant sera.

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Alphée

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2 commentaires
  1. Dominique dit

    Super histoire !!! J’attends les autres

  2. Stevens Godard dit

    Très belle plume Alphée, c’est surtout mon style. Une écriture simple et imagée. Bravo!!

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