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Entre un Instant et l’Éternité

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ENTRE UN INSTANT ET L’ÉTERNITÉ

J’aime. Certes, ma conception de l’amour diffère grandement de celle de la majorité, mais je sais que je suis capable d’aimer. Je partage au quotidien un amour intense que tout esprit banal ne pourrait sentir ni vivre. A chaque instant, pour de grandes ou de petites choses, pour des inconnus ou des proches, pour un animal ou une fleur, pour une miette de nourriture ou des gouttes de chocolat, l’ampleur de l’amour qui émane de mon être n’a nul autre pareil. Je sais aimer le temps d’une chanson, d’un tour à vélo, d’un échange de regards dans le train ou le temps d’une conversation dans l’avion. Pour moi, aimer est un verbe et une émotion qui se renouvelle à chaque seconde, en s’amplifiant ou en diminuant. Parce que nos regards changent et les gens changent.

 Il y a beaucoup plus de plaisir à découvrir des villes et leur histoire que des gens et leur passé. Je l’ai toujours su, au plus profond de mon âme d’aventurière. J’ai préféré dédier ma vie à la découverte du monde entier. J’ai toujours rêvé de survoler les nuages et de traverser les océans. En aimant. De ma façon. Seule. Mais jamais solitaire. J’ai appris à être un tout. Pas une moitié, ni la moitié de personne. Dans mon existence d’aventurière que je m’offre chaque jour, j’ai vite appris que personne ne pourrait me compléter parce qu’en moi, il n’y aurait jamais de vide. Au quotidien, je ne veux me compléter que de la mer, du ciel, de la neige, des arbres, du fromage, des fruits, de folies, de l’adrénaline et de rencontres qui me marqueront à vie. Tout ce qui pourrait m’animer de vie, encore et encore, plus que la veille et moins que le lendemain, se trouve sous mes pieds ou quelque part sur cette terre qu’il me tarde de découvrir. 

Je ne connaissais toujours pas grand-chose à l’amour, celui avec un grand A. Je ne savais non plus catégoriser mes sentiments, mes envies et mes folies. Je savais tout simplement, tout au fond de moi, dans mon cœur, dans ma chair, dans ma mémoire ô combien il me passionnait. J’aime penser, j’ose même croire, assez souvent, que je l’ai aimé. Car, on peut aimer en l’espace d’un cillement, non? Le temps d’un regard, d’un baiser, d’un câlin, d’un partage de phrases et de rires. Lui, je l’ai ainsi donc aimé. J’ai adoré l’aimer. Être avec lui était autant une menace qu’un délice. C’était l’interdit dont on rêve endormi ou éveillé. Il était comme un piège et à la fois, il avait tout d’une oasis. Il tenait place d’une cinquième roue, carrément inutile on aurait pu dire. Et pourtant, il m’était devenu indispensable. Je ne sais quoi de lui me faisait tant de bien et de mal. Était-ce donc cela qu’avait dû ressentir Ève face à la tentation du fruit? Ce fruit, dangereusement sucré et attrayant, j’ai bien croqué dedans… pour ma perte. 

Je l’ai aimé, en ayant peur mais avec euphorie. Je l’ai désiré, de tout mon être trop passionnel et irréfléchi. Je me suis trop laissée aller…en même temps, j’ai eu trop de réserve. Enfin, je crois. Parce que, bon, pourquoi se priver autant d’une chose qui ne vous sera pas offerte indéfiniment ?! 

Fruit. Défendu.

Drogue. Nocive. 

Il ne m’était pas défendu parce qu’il était nocif. Il ne m’était pas nocif parce qu’il … Ah, bref! Il était devenu ma drogue. Carrément. M’en abstenir était vraiment difficile. Envisageable mais difficile. 

Était-ce à cause de ses yeux? Son regard. Puissant et timide. Curieux mais réservé. 

Non, c’était peut-être ses lèvres. Innocentes mais tellement agaçantes ! Ces lèvres pulpeuses et roses qui n’échappent à aucun regard averti, surtout quand elles s’étirent sur ce sourire qui fait craquer. 

Ou encore, ça pouvait être sa voix, son corps, sa peau basanée d’antillais pétillant et chaleureux, son toucher léger qui pénètre, son rire intense… Il était tout cela. À mes yeux. À mes sens. À ma fantaisie. À mes caprices. À mes joies. Joies éphémères. 

Il était d’une telle douceur. D’une telle insouciance. D’un tel charme. D’une telle modestie. Et d’une certaine perfection.

Il disait m’aimer. Il n’arrêtait pas de me le répéter. De me le balbutier. De le mimer. De me l’écrire. Ah, qu’il me faisait sourire!  Il m’avait retransformée en une adolescente. Je sentais les papillons dans le ventre, le cœur qui bat la chamade et cette sensation de nausée avant nos petits rendez-vous hâtifs. Je ne me lassais pas de lui. Il ne me sortait plus de la tête. Je raffolais de sa compagnie, de ses taquineries, de nos gestes impulsifs, de nos baisers fougueux, de nos comportements débiles et de tout ce qu’il pouvait m’inventer ou me dire pour m’arracher quelques sourires idiots. Il m’avait fait vivre quelque chose d’intense. Une aventure que je ne sais encore qualifier. Oui, nous savions à quoi nous attendre. Moi, j’en voulais à nos cœurs, aux sentiments, au passé et au futur. Le présent me faisait plus de bien que de mal pour que je le déteste. Je m’en étais voulu à moi-même et aussi à lui. 

Lui…

Son corps nu me coupait le souffle. Son âme nue me coupait la parole. Alors, comment aurais-je vraiment pu résister ? Comment me défendre, en étant muette avec la respiration saccadée ? Face à lui, je me perdais et je me retrouvais. Je ne sais dans quel ordre. 

Il ne m’appartenait pas. Et je n’étais pas sienne. Ou alors oui, quelques fois. Dans un monde que nous deux créions à part. Une bulle sur un nuage. Un nuage épais et guilleret, au-delà de nos mille et un maux quotidiens. Nous nous évadions. Pour enchaîner nos corps et revisiter nos flammes. Nos flammes paradisiaques. Nous vîmes que tout ceci était bon et beau, nous réinventions donc notre propre univers. C’était une équation à laquelle nous ne trouvions plus de suite logique. C’était une formule qui se compliquait. Carrément difficile d’en arriver à la solution finale. Alors, nous nous contentions de créer, de savourer notre création et de la regarder nous détruire joliment. 

Moi, je n’étais pas sa création. Mais, j’adorais comme il m’avait refaçonnée. Il m’avait donnée de nouvelles couleurs. Du bout de ses doigts, il me dessinait encore et encore sur la peau les plus douces et les plus belles formes inédites jusqu’alors. De ses yeux espiègles, il effaçait de ma chair toute imperfection avec une telle candeur. 

Il m’inspirait. Je l’admirais. Le langage de son âme me fascinait. Il m’était beau. Tout en lui me séduisait. Et il n’en avait même pas conscience. 

Je parle de lui au passé pourtant je n’arrive pas encore à l’oublier. Pourquoi l’oublier? Comment l’oublier? Devrait-on vraiment vouloir passer une croix sur ce qui a fait notre bonheur, aussi fugace qu’il fût ? Lui, qui revigorait mon quotidien. Je ne veux pas l’oublier.

 La nuit dernière, j’ai rêvé de lui. Ce rêve était carrément comme un résumé de notre idylle. Moi qui le fuyais, lui qui m’attirait grave. Lui qui cherchait à m’éviter, moi qui me rendais toute coupable à sa merci. Je l’ai vu m’embrasser. Et comme dans toutes nos réalités, je me suis littéralement sentie fondre. Comme d’habitude. J’ai voulu rester mais j’ai mis les voiles. Même dans un foutu rêve. Mais, merde! 

Ses baisers ont toujours eu ce pouvoir de me chavirer. Être dans ses bras, accrochée à ses lèvres, suffisait pour me rendre grisée sur le coup. Et comme toute addictée qui se respecte, je voulais rester encore et encore à consommer ce remède empoisonné qui risquait de me foutre à terre. 

Pour la énième fois, je repense au plus vif de nos ébats. Le jour de son anniversaire. Dans une chambre à l’éclairage tamisé, à moitié vêtue, je l’attendais sur ce lit de draps blancs toute assoiffée de ses caresses et de ses baisers fiévreux. Au seuil de la porte, il me regardait avec les yeux affamés du prédateur qui découvre sa plus belle proie. Je lui avais souri, il s’était rapproché. Lorsqu’il avait enfin posé sur moi ses doigts, il tremblait. J’ai ressenti là toute son excitation et son hésitation. Sa peau était d’une telle tiédeur ; et ses lèvres d’une telle douceur lorsqu’il s’est épris des miennes. Je ne vivais alors que pour cet instant. Je le vivais dans tous mes pores. J’en ai vécu chaque millième de seconde. Je perdais néanmoins toute notion du temps. Nous nous entendions respirer et gémir au moindre toucher. Tout n’était que délectation. 

J’aimais qu’il me déshabille lui-même, j’aimais être nue devant ses yeux qui pétillent. J’aimais être nue sous ses mains baladeuses et sa langue gourmande. Je fermais les yeux et ne les rouvrais que pour m’accrocher aux siens et m’y perdre. Nous n’inspirions et n’expirions que sensualité. Sans que sa chair ait même pénétré la mienne, c’était l’enivrement, c’était l’extase. Notre énergie étouffait l’oxygène de la pièce. Nous étions deux artistes sur le chantier de notre plus belle œuvre. 

Et lorsque, désirant perdre la tête dans une plus haute dimension, sur une altitude beaucoup plus élevée et délirante, je l’avais chevauchée, royalement perchée sur son pic, je croyais faire une overdose de plaisir. S’accrochant d’une main à ma hanche et de l’autre main à mon sein, il me rendait mes puissants tours de reins, se mordant les lèvres. Je m’amusais à le voir se transformer, et je faisais écho à ses plaintes lascives. Il était fort et doux, tendre et rude, ange et démon. D’un geste rapide et prompt, il m’avait renversé pour me mettre dos au matelas, me soulevant les jambes qui subitement retrouvaient la souplesse de celles d’une danseuse. Jambes croisées en l’air, m’agrippant aux oreillers et aux draps, je le regardais me tenir les chevilles en s’enfonçant dans mon volcan à l’éruption imminente. Et là, « nous faisions l’amour comme d’autres font la guerre ». 

Ces draps, témoins de nos ébats, ont goûté à notre fougue, notre jeunesse, notre complicité, nos sueurs, nos larmes et nos orgasmes. 

« …à confondre vérité et mensonge

laisse-moi juste te dire en un regard intense

avec un sourire bête, le souffle coupé 

te dire une phrase que, probablement,

je ne te redirais jamais

à confondre instant et éternité 

ma peau contre la chaleur de la tienne

mon corps avide de chair qui te redemande encore

et encore

laisse ma voix te crier quelques mots fous

trois petits mots qu’il faudrait ensuite oublier

à confondre vérité et mensonge

à confondre instant et éternité 

à confondre nos corps, nos lèvres

je voudrais juste te le faire sentir

et te le dire…

puisque l’on peut aimer en  l’espace d’un cillement

et le moment d’une bonne baise

je t’aime… »

***

Épuisée. J’étais agréablement épuisée. Au creux de mon lit froissé et chaleureux. Toute nue. Haletante. Rassasiée. Et, je me sentais en pleine forme et neuve. Mais, seule.
Je flottais encore après mes quatre orgasmes. Je ressassais dans ma tête, encore et encore, quelques clichés de mon après-midi avec lui et à chaque souvenir, si frais qu’ils étaient, mon corps était secoué de spasmes. Je restai dans les draps de ma solitude jusqu’au soir à rêver de ce corps qui dansait si bien avec le mien. Ces lèvres qui épousaient si parfaitement les miennes. Ces bras qui m’offraient un havre de paix. Ces yeux qui me réconfortaient au-delà des mensonges que me susurrait cette voix. Je rêvais de lui. De tout en lui. De tout ce qu’il était et de tout ce qu’il ne m’était pas. Éveillée, je rêvais d’un homme bien réel. Un homme qui existait dans ma vie. Un homme à qui appartenait chaque cellule de mon corps et chaque milligramme de mon âme. Je m’étais donnée à lui. Bêtement. Et ça me faisait rire. Ça m’amusait de me voir tomber amoureuse de cet homme qui se disait être mien alors qu’il ne pouvait pas l’être. Je riais de moi qui osais croire, qui osais le vouloir, qui osais l’aimer et qui osais oser le voler. 

Des heures entières après son départ, je me retrouvais là, gisant sur ces draps empreints de son odeur et de sa sueur. Sur ma peau, ses baisers et ses caresses s’étaient faits fantômes. Je ne pouvais pas me lever. Je ne voulais pas me lever. Pour quitter ce lit où il avait laissé ses traces. Ce lit où, durant un instant que j’avais vécu comme une éternité, tout avait été possible entre lui et moi.

  • Reste ! lui avais-je demandé entre deux longs baisers.
  • Je dois partir et tu le sais. 

Il avait dit cela d’une voix douce et désolée. Il ne peut jamais rester. Jamais comme je le voudrais. Mais, à chaque fois, je prétends ignorer le fait et je tente ma chance. En me mentant à moi-même. Moi-même qui ne peux non plus me permettre de passer mon temps avec lui comme je le voudrais. La vie ou l’amour se moque de nous. Je le sens, je le sais. Que cela est écrit quelque part dans l’univers. Que nous soyons l’un pour l’autre un cadeau à ne pas ouvrir. A connaitre le contenu sans pouvoir se donner la satisfaction de défaire le nœud, de déchirer l’emballage, d’admirer ce présent pour ensuite en faire bon usage, à sa guise. 

Nous sommes empêtrés dans une boue d’impuissance, de plaisir, de désir, de confusion et de foi. Rien n’est jamais fini quand on le croit l’être. Après avoir passé des mois sans aucun contact avec lui, j’avais cru que le courant ne passerait plus comme avant, que la magie n’opèrerait plus et que cette idylle serait désormais de l’histoire ancienne. Foutaises. Il a seulement fallu que je le sache à dix kilomètres de moi pour remettre toutes mes bonnes résolutions en question. Seulement sept kilomètres pour que mes luttes partent en vrille. Rien que trois kilomètres pour que tous nos souvenirs refassent surface et me foutent ce sourire de conne aux lèvres. J’ai perdu pieds, je n’ai pu m’accrocher plus longtemps à ce sol qu’est ma réalité. Ma nature de métal s’est réactivée pour m’entrainer jusqu’à lui, lui mon aimant. A quoi bon se battre lorsqu’on se sait déjà vaincue ? J’avais franchi la barrière, j’étais entrée dans la cour, je savais qu’il était là. Il me l’avait dit, on me l’avait dit, mon cœur le savait et ma peau l’avait senti. Et, je l’ai appelé. J’ai prononcé son prénom. Après si longtemps. Et, il m’est apparu. Il a fallu six mètres…son visage, cinq mètres…son sourire, quatre mètres…son corps d’athlète, trois mètres…ses yeux, deux mètres… son parfum et…et un pauvre mètre pour que je réalise qu’entre nous, c’était bien plus qu’une affaire de courant, de magie, d’attirance ou d’autres histoires auxquelles je pouvais donner un nom. Il n’était jamais parti. Nous ne nous étions jamais éloignés. Rien n’avait changé. 

« ce soir, je ne dors pas

ce soir, comme en plein jour,

je rêve de toi

j’ai parlé de toi à la lune

elle a souri et ses yeux ont brillé 

je lui ai ouvert mon cœur 

pour tout lui raconter,

pour tout te dévoiler

car, un instant,

j’ai cru que c’était toi

que c’était ton sourire

que c’était tes yeux

à genoux s’est mise mon âme devant toi

implorant ton tout

de m’aimer maintenant

de n’être rien qu’à moi dans cette vie

et dans la prochaine

dis-moi que tu m’aimes

ce soir,

je chante pour toi des alexandrins aux étoiles

je trace dans le ciel l’harmonie de ton visage 

et la magnificence de ta chair,

mes pieds plongés dans le fleuve de nos souvenirs 

je voudrais te suivre partout

t’aimer sous chaque soleil

vivre dans l’anneau de tes bras une existence  estivale

entre un instant et l’éternité,

pendue à tes lèvres,

jouissant rien que de la communion de nos doigts,

jusqu’à notre prochaine vie »

FIN

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4 commentaires
  1. Clark dit

    C’était super!
    J’ai adoré la balade.

    A la prochaine!

  2. christelle dit

    J’adore Steph

  3. Murielle dit

    Je suis fière de toi Stephana c’est très beau

  4. Jodelyn GEORGES dit

    J’aime tes écrits Steph’

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